Outils didactiques et (in)égalités

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Présentation de la journée

Pour son Université d’Été 2014, le Cifen a choisi le thème des outils didactiques en lien avec la problématique de l’(in)égalité. Les outils didactiques sont ici compris au sens large, c’est-à-dire comme des supports didactiques utilisés en classe avec et pour les élèves. Parmi ceux-ci, nous avons décidé de nous focaliser sur le tableau « traditionnel » (noir, vert ou blanc), les manuels, les notes de cours ou supports pour l’étude, le tableau blanc interactif (TBI), les tablettes ainsi que les plates-formes numériques.

 Au-delà des techniques pédagogiques déployées par les professeurs pour utiliser efficacement ces supports en classe, ce qui nous intéresse avant tout est l’analyse critique de ces supports (contemporains) et l’usage qui en est fait pour que tous les élèves puissent s’approprier les compétences, les savoirs et savoir-faire ciblés à travers ces différents supports.

 Si, étrangement, nous disposons de peu de recherches sur l’utilisation du tableau noir et des nouveaux outils numériques dans une perspective d’équité, diverses recherches (Bautier, Crinon, Delarue-Breton, Marin, 2011) ont montré que les manuels scolaires modernes sont souvent hétérogènes, « composites » et « pluri-codés ». Par ailleurs, ces recherches révèlent que ces supports présentent aussi parfois des risques de malentendus sur la nature et la fonction des tâches proposées aux élèves. Les supports numériques, quant à eux, signent le passage d’une culture du livre à celle des écrans qui nécessite une acculturation progressive et une réflexion sur les risques d’inégalité que ces outils comportent.

 Certes, les risques d’inégalités liés aux nouveaux supports peuvent être limités par l’usage qui en est fait, en classe, par les enseignants, mais, pour que ce soit le cas, il convient qu’auparavant les enseignants et les formateurs aient pris conscience de ces risques.

 La formule que nous avons choisie pour aborder ce champ de recherche est une formule mixte. La matinée sera consacrée à quatre exposés destinés à poser les bases théoriques de notre réflexion. L’après-midi, quant à elle, sera organisée en trois ateliers, au choix :

-          Le tableau « noir » et autres supports d’apprentissages

-          Les manuels scolaires

-          Les supports numériques.

Différentes disciplines scolaires seront convoquées lors de cette journée d’études : le français en tant que langue de scolarisation, les langues modernes, l’histoire, les sciences et les mathématiques. Même si l’enseignement secondaire constitue le public ciblé par une grande partie des interventions, l’enseignement maternel et primaire ainsi que l’enseignement supérieur seront également abordés lors de la journée. 

 

Germain Simons

Président du Cifen

 

Résumé : Adapter l’école aux changements d’état d’esprit des élèves

Serge TISSERON

Psychiatre, Psychologue, chercheur associé HDR à l’Université Paris VII Denis Diderot

http://www.sergetisseron.com

La fracture autour du numérique oppose ceux qui savent utiliser ces technologies dans des pratiques autonomes et créatives et ceux qui ne le savent pas. Cette fracture n’est pas seulement sociale, mais elle l’est aussi. L’une des fonctions de l’école est de s’employer à la réduire. Mais pour y parvenir, l’école doit d’abord s’adapter aux changements d’état d’esprit des élèves engendrés par le numérique, et ceci dès le plus jeune âge. Tous les domaines sont en effet bouleversés : la relation aux savoirs, aux apprentissages, la construction de l’identité et les façons d’entrer en contact et de créer des liens. L’ensemble de ces bouleversements contribue à créer une nouvelle culture que les enfants adoptent très tôt et que l’institution scolaire doit assimiler si elle veut rencontrer leurs préoccupations et leurs souhaits. Autrement dit, la révolution pédagogique doit prendre en compte deux dimensions : mettre en place, dès l’école primaire, une éducation au numérique et à la culture des écrans; et proposer aux élèves, à tous les niveaux de la scolarité, de nouvelles occasions d’apprendre.

Dernier ouvrage paru : 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, eres, 2013 

Résumé : D’un document à l’autre : circulation des savoirs et déambulations différenciées des élèves

Catherine DELARUE-BRETON

Maitre de conférences en Sciences du langage Université Paris Est, École Supérieure du Professorat et de l’Éducation de l’académie de Créteil, Laboratoire CIRCEFT-Escol

catherine.delarue-breton@u-pec.fr

Les supports d’apprentissage proposés aux élèves à l’école ont subi une évolution importante, en lien à la fois avec les recherches en didactique et l’évolution du statut et du rôle de l’écrit dans notre société. Nous proposons de montrer ici, à partir d’exemple en littérature, en histoire et en science, dans quelle mesure les élèves réagissent de manière différenciée à ces nouveaux supports, en lien avec leur mode de socialisation familiale.

Résumé : Comment les professeurs se saisissent-ils des outils didactiques ?

Claire MARGOLINAS (Université de Clermont Ferrand) et Floriane WOZNIAK (Université de Strasbourg)

Les risques d’inégalités devant l’apprentissage peuvent être abordés de multiples façons et sont sans aucun doute multifactoriels. Certains travaux (Margolinas & Laparra, 2009 ; Laparra & Margolinas, 2011; Wozniak, 2012) montrent qu’un des facteurs est de nature didactique. Certains savoirs, nécessaires aux élèves pour réussir à l’école, ne seraient pas identifiés par les professeurs comme étant des objets d’enseignement.

Nous nous interrogeons sur la façon dont les professeurs peuvent se saisir « d’outils didactiques » au sens large : manuels, livres, ingénieries didactiques, modules de formation, etc.

Notre présentation prendra appui sur l’enseignement du nombre à l’école maternelle (Margolinas & Wozniak, 2012), sous ses multiples aspects (en particulier le nombre comme mémoire de la quantité, le nombre comme mémoire de la position) dont certains sont dominants par rapport à d’autres (Margolinas & Wozniak, 2014). Plusieurs dispositifs seront pris en considération, de manière à mieux comprendre les conditions d’évolution des connaissances des professeurs au sujet de l’enseignement du nombre à la maternelle.

Laparra, M., & Margolinas, C. (2011). Quand les maîtres contribuent à leur insu à renforcer les difficultés des élèves. In J.-Y. Rochex & J. Crinon (Eds.), La construction des inégalités scolaires (pp. 111-130). Rennes: Presses universitaires de Rennes.

Margolinas, C., & Laparra, M. (2009). Savoirs invisibles et connaissances cruciales : le cas des mathématiques en maternelle. In C. Passerieux (Ed.), La maternelle. Première école, premiers apprentissages (pp. 99-107). Lyon: Chronique sociale.

Margolinas, C., & Wozniak, F. (2012). Le nombre à l'école maternelle. Une approche didactique. Bruxelles: De Boeck.

Margolinas, C., & Wozniak, F. (2014). Early construction of number as position with youngchildren: a teaching experiment. ZDM The International Journal on MathematicsEducation.

Wozniak, F. (2012). Des professeurs des écoles face à un problème de modélisation : une question d'équipement praxéologique. Recherche en Didactique des Mathématiques, 32(1), 7-55.

Résumé : Pratiques tabulaires et construction du savoir en classe d’histoire

Sarah FLOCK

Enseignante d'histoire, UCL

Le tableau est un outil essentiel dans la relation professeur-élèves. Il occupe une place centrale dans nos classes. En quoi le fait d’écrire au tableau traduit-il le type d’enseignant que nous sommes ? Comment le tableau intervient-il dans la mise en place des savoirs ?

Au départ des théories sociocognitives à orientation historico-culturelle, de la transposition didactique et des fonctions du langage de Jakobson, il a été possible de fonder une méthodologie et, dés lors, d’analyser l’usage du tableau en classe d’histoire.

Ce nouveau cadre théorique appliqué à des études de cas a permis d’établir un lien entre la pratique tabulaire et les postures didactiques dominantes en Belgique, à savoir celles de « l’exposé-récit », du « discours découverte » et de « l’apprentissage-recherche ».

Le rapport entre l’emploi du tableau en classe et la conception du métier invite à s’interroger sur l’impact du profil de l’enseignant dans sa relation à l’outil et dans l’élaboration des savoirs scolaires. Il permet aussi de prendre conscience du rôle joué par le tableau lors de la structuration des objets à enseigner.

Atelier "Manuels scolaires"

Responsables : Germain SIMONS et Jean-Louis JADOULLE (ULg)

Secrétaires : Florence VAN HOOF et Sonia RASCHEVITCH (ULg)

La première partie de cet atelier (14h00 à 14h40) sera articulée autour de deux exposés succincts(20’), dans deux disciplines différentes : les langues modernes et l’histoire. Les manuels traités dans ces exposés ciblent avant tout l’enseignement secondaire supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles.

La communication dans le domaine des langues modernes, intitulée Les manuels de langues actuels comportent-ils des risques d’inégalités ? (G. Simons, ULg) proposera une analyse de quelques caractéristiques de ces supports contemporains et montrera en quoi ils peuvent conduire à une plus grande équité dans l’apprentissage scolaire des langues, ou, au contraire, présenter des risques d’inégalités. Cet exposé se clôturera avec quelques pistes de solutions pour limiter les risques d’inégalités à travers l’usage de ces supports par le professeur et les élèves.

La communication de J.-L. Jadoulle (ULg), intitulée Quand des enseignants différents sur le plan de leurs conceptions utilisent un même manuel : quels usages effectifs en classe d’histoire ?  fera état d’une recherche qui vise à comprendre comment des enseignants, qui nourrissent des conceptions très différentes de l’enseignement de l’histoire, utilisent un même manuel, Construire l’Histoire.

Une séance de questions-réponses (20’) avec les participants clôturera cette première partie de l’atelier.

La deuxième partie de l’atelier(15h00 à 16h00), consistera en un échange entre les participants à l’atelier. Quelques questions baliseront celui-ci :

-          Quels manuels et/ou autres supports sont utilisés dans votre discipline ?

-          Qui sélectionne les manuels utilisés dans votre école et selon quel(s) critère(s) ?

-          Quelles sont les caractéristiques de ces manuels contemporains ?

-          Comment utilisez-vous ces manuels en classe ?

-          En quoi ces manuels présentent-ils des risques d’inégalités pour l’apprentissage ?

-          Que mettez-vous en place pour limiter les risques d’inégalités liés à ces supports ?

-         

Atelier "Supports numériques"

TBI, tablettes, plates-formes numériques : les nouveaux outils didactiques et les (in)égalités

Emmanuel CHAPEAU et Thomas JUNGBLUT

Service de Didactique des Arts du spectacle, CIFEN, Université de Liège

La question de l'intégration des TIC (tablettes, TBI, plates-formes numériques, etc.) dans les écoles est devenue essentielle. Divers plans d'investissement (école numérique 1, 2 et bientôt 3) ont permis à bon nombre d'établissements scolaires de s'équiper et de se connecter.

Si certains enseignants redoutent parfois la manipulation  de ces technologies, les élèves sont pour leur part souvent désireux de les utiliser en classe.

Au-delà des questions technico-pratiques que soulèvent ces nouveaux supports, l’Enseignement ne peut faire l’économie d’une réflexion d’ordre éthique et égalitaire sur le sujet.

À partir de mises en situation concrètes et de comptes rendus d’activités scolaires, l’atelier propose donc d’engager une réflexion sur la relation entre ces nouveaux outils didactiques et la question fondamentale de l’(in)égalité scolaire dans les apprentissages. 

Atelier "Tableau noir et supports conçus par l'enseignant"

Poursuite de la réflexion sur l'utilisation du tableau initiée lors de la conférence du matin

Sarah FLOCK

Enseignante d'histoire, UCL

Les supports de cours laissés à l’élève en sciences biologiques sont-ils créateurs d’inégalités scolaires ? Analyse de productions de futurs enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles

Corentin POFFE, Mélanie LASCHET et Marie-Noëlle HINDRYCKX,

Service de Didactique des Sciences biologiques, CIFEN, Université de Liège

Une revue de la littérature permet d’attribuer à de nombreux facteurs, les inégalités dans l’apprentissage. Parmi ceux-ci, nous avons choisi d’analyser, avec le regard du formateur d’enseignants, les supports de cours proposés par nos étudiants futurs enseignants aux élèves du secondaire en vue de l’évaluation, lors des cours de sciences biologiques. Cette « photographie » des supports nous a fourni un état des lieux qui nous permet d’objectiver nos impressions de formateurs quant au rôle des supports dans la problématique des inégalités scolaires. Les résultats de cette analyse qui feront l’objet de cette présentation, nous ont conduits à construire un module de formation spécifique à insérer dans la formation de ces futurs enseignants pour les aider à réduire ce type d’inégalités d’apprentissage.

Évaluation et autoévaluation de la prise de note 

Françoise CREPIN et Isabelle DEMONTY

Service d’analyse des Systèmes et des Pratiques d’enseignement (aSPe),Université de Liège

Les chercheuses proposent de relater un des cinq projets pilotes conçus et mis en place dans le cadre d’une recherche-action portant sur l’amélioration de la transition entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur. Ce projet, associant étudiants et enseignants du secondaire et du supérieur de type court, visait l’évaluation diagnostique de la qualité objective des prises de notes par rapport aux critères de complétude, de fidélité et de sélectivité, mais également l’autoévaluation par les élèves eux-mêmes de la qualité de leurs notes. Les partenaires et les chercheuses avaient justifié le choix d’un dispositif autour de la prise de note par les éléments suivants : il s’agit d’une composante essentielle du métier d’étudiant ; des liens ont été observés entre autoévaluation objective de la prise de notes et réussite académique ; c’est une compétence transversale à travailler (et utile) dans toutes les disciplines ; c’est une compétence large qui implique compréhension du message oral ou écrit, esprit de synthèse, savoir-faire en production d’écrit, etc. ; la prise de note est une activité qui peut avoir un impact positif sur l’implication de l’élève dans le travail et le soutien de l’attention. Enfin, il existait une demande quasi généralisée pour favoriser et multiplier les contacts et le travail en commun entre professeurs du secondaire et du supérieur, ce que l’organisation du projet, telle qu’envisagée, permettait. Les constats et résultats saillants seront présentés et discutés, en lien avec la problématique des inégalités d’apprentissage


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