DHC2003 : Présentation du Pr. Grimaldi par Paul Delnoy


Mesdames, Messieurs,

La sociologie nous éclaire sur ce que sont nos préoccupations essentielles au long de notre vie : fonder une famille - se marier, avoir des enfants - ; acquérir un patrimoine et le gérer pour permettre à cette famille de vivre et de prospérer ; et, le moment venu, le lui transmettre pour qu'elle puisse se perpétuer.

Ce sont précisément ces préoccupations essentielles qui font l'objet du Code civil : le droit du mariage et de la filiation, le droit des biens et du patrimoine, le droit des actes juridiques et des successions.

Dans un an, presque jour pour jour, le 21 mars 2004, il y aura 200 ans que la France - en la personne de Napoléon - nous aura dotés de cette œuvre législative remarquable - remarquable parce que, depuis 200 ans, certes avec quelques modifications, ce code rencontre nos préoccupations essentielles d'une manière dont, en général, on se plaît à reconnaître le caractère extrêmement satisfaisant.

C'est pourquoi les civilistes de la Faculté de droit, au nom desquels je parle en ce moment, en préparation de cet anniversaire, ont proposé au Conseil académique de mettre à l'honneur Michel Grimaldi, professeur à l'Université de Paris II.

Pourquoi ? Parce que tant par ses études que par son action, plus que d'autres, il a contribué à l'approfondissement et au développement du droit privé fondamental.

Par son activité scientifique d'abord, disais-je.

À 25 ans, il aborde l'étude du Code civil par un de ses chapitres les plus difficiles : en effet, il fait porter sa thèse sur l'institution contractuelle. L'institution contractuelle est un véritable microcosme juridique : tous les concepts majeurs du droit civil s'y trouvent rassemblés. En sorte que l'on ne peut mener à bien son étude - comme lui l'a fait - que si l'on possède de rares capacités d'analyse fine et une solide connaissance des données principales de la théorie du patrimoine et de celle des obligations.

Au cours des années ultérieures, c'est plus particulièrement à la science du droit patrimonial de la famille que se consacre Michel Grimaldi. Je vous laisse imaginer la somme de ses publications, conférences et travaux en la matière. Le tout est couronné, pour l'instant, par deux traités : l'un sur les libéralités, l'autre sur les successions ; tous deux sont empreints de ce qui est le propre de l'esprit scientifique : l'alliance indivisible entre une vue abstraite et une vue concrète des choses - du Code à la pratique et de la pratique au Code -.

Parallèlement à ses travaux scientifiques, Michel Grimaldi conduit, depuis plus de vingt ans, une action intense pour la diffusion de la culture juridique française. Comme secrétaire général, puis comme président de l'Association Henri Capitant des Amis de la Culture juridique française, c'est plus d'une vingtaine de congrès qu'il a organisés un peu partout dans le monde et sur des sujets extrêmement variés. Tout juriste de culture française sait l'intérêt des congrès Capitant ; il réside dans le fait que chaque thème n'est pas abordé dans la seule optique civiliste française, mais s'offre à la confrontation combinée des points de vue de tous les pays des cinq continents membres de l'Association et de toutes les grandes disciplines juridiques. En sorte que les travaux de chaque congrès - dont la publication, réalisée avec une parfaite régularité, est également à mettre à l'actif de Michel Grimaldi - constituent, pour ainsi dire, autant de traités généraux de droit comparé sur les sujets qui y ont été abordés.

C'est vraisemblablement cette "dimension" internationale qui a valu à Michel Grimaldi la prestigieuse nomination dont je vous dirai un mot en terminant. La France a créé un " comité scientifique pour la célébration du deuxième centenaire de la promulgation du Code civil " ; en font partie la Cour de cassation de France, l'Ordre des avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation et l'Association Capitant. L'article 2 de l'arrêté de constitution de ce comité porte la nomination de Michel Grimaldi comme président de ce comité scientifique.

Mesdames, Messieurs,

Ce sont ces travaux scientifiques et cette action en faveur du droit privé fondamental qui ont justifié Christine Biquet, Pascale Lecocq, Yves-Henri Leleu, Michèle Vanwijck et moi-même de proposer Michel Grimaldi au doctorat honoris causa. Nous remercions la Faculté de droit d'abord, le Conseil académique, ensuite, d'avoir suivi notre proposition et, Michel Grimaldi, de nous avoir fait l'honneur d'accepter de porter ce titre qui l'associe désormais à notre Université.

 

Pr. Paul Delnoy

Version imprimable Page mise à jour le 2009-01-27