Carnets du Patrimoine - Le Sart Tilman

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Photo Globalview.be

Le 6 novembre 1967, pour son 150e anniversaire, l'Université de Liège inaugure officiellement les premiers bâtiments du Sart Tilman : le magasin à livres, « l’atelier d’architecture », la centrale de chauffe et le poste central de commande, les homes et le restaurant, l’Institut de Physique et le complexe licences-recherches de Chimie.  À cette occasion, les autorités académiques remettent les insignes de docteurs honoris causa à plusieurs personnalités dont S.M. Le Roi Baudouin. 

1967 marque donc le début de l'histoire longue et mouvementée – et encore inachevée – de l'architecture universitaire du Sart Tilman. Les différentes phases de construction reflètent l'évolution de la pensée architecturale, offrant ainsi une richesse incontestable au patrimoine universitaire.

La première phase de construction : de 1960 aux années 70


Le contexte économique florissant des Golden Sixties dans lequel débute l’édification des premiers bâtiments profite tant à l’architecture qu’à l’Université. Le travail de réflexion avait commencé dans les années 50, mené par le recteur Marcel Dubuisson et l'architecte Claude Strebelle.  La conception de la nouvelle université au Sart Tilman vise trois objectifs : l’harmonie entre l’architecture et le site en préservant au maximum les zones boisées, l’ouverture du campus au public par l’aménagement de chemins de randonnées, l’intégration d’œuvres d'art mais aussi la création d’un parc industriel et enfin le maintien de liens dynamiques entre le centre ville et le domaine universitaire.

CentraleChauffeDeux bâtiments – le magasin à livres (Charles Vandenhove, 1962-1964) et « l’atelier d’architecture » (Claude Strebelle, 1961-1963) – sont réalisés avant même que le plan d’urbanisation ne soit tracé et que les ordres de transfert ne soient clairement établis.

La centrale de chauffe. Photo F. Denoël >>>



Afin de doter le domaine universitaire d’une infrastructure technique adaptée, la centrale de chauffe (Claude Strebelle, 1966-1968) et le poste central de commande (Claude Strebelle, 1966-1968) sont rapidement mis en chantier. Bien qu’à vocation technique, ces deux édifices ont fait l’objet d’une réflexion architecturale approfondie qui allie esthétisme et fonctionnalité. La structure pyramidale de la centrale de chauffe englobe exactement les espaces fixés par le gabarit des six chaudières. Le couvrement presque intégral de ces deux édifices par des ardoises de type Eternit, leur assure une bonne isolation et souligne le caractère impénétrable, inhérent à leur fonction.

HomesUne infrastructure de type social est également conçue : les homes (André Jacqmain, 1967) et le restaurant, incluant un foyer culturel (André Jacqmain, 1968). L’agencement de volumes géométriques marqués et le recouvrement de béton coffré expriment une architecture forte. La fonction sociale induit pourtant moins de rigidité que dans les bâtiments d’enseignement et de recherche.

<<< Les homes des étudiants


Le transfert des Facultés sera réalisé par étapes, selon un ordre de priorité établi sur base de leurs conditions de travail. La Faculté des Sciences dont la situation est jugée la plus critique est la première à s’installer au Sart Tilman. L’ensemble représente une part importante de cette première phase et compte plusieurs constructions significatives : Institut de Botanique (Roger Bastin, 1965-1970) ; Institut de Physique, composé de deux bâtiments distincts : licences-recherches, travaux pratiques et candidatures (Pierre Humblet, 1967) ; Institut de Chimie, comprenant trois édifices : radiochimie, licences-recherches, travaux pratiques et candidatures (Jean Maquet, 1967) ; Grands amphithéâtres (Pierre Humblet, 1967). Tous comportent des caractéristiques communes qui témoignent notamment de la volonté d’assurer une certaine cohérence entre les différentes constructions ; l’emploi du béton, l’adoption de volumes géométriques et le souci d’intégration au site en sont les principales données. Ces constructions, empreintes des théories modernistes et fonctionnalistes des années 60, contribuent largement à forger l’identité forte du domaine.



Cette première phase, très riche en constructions, voit également l’édification de l’Institut d’Éducation physique (Charles Vandenhove, 1967-1971) dont l’architecture originale s’intègre harmonieusement au site. C’est aussi dans ce contexte que le projet du Centre hospitalier universitaire (Charles Vandenhove, 1965-1985) voit le jour.

La deuxième phase de construction : des années 70 à 1990


Dès le début des années 70, la limitation des moyens financiers se fait sentir, provoquant un ralentissement du transfert au Sart Tilman. Malgré cela, plusieurs initiatives émergent. Le Parc scientifique est créé en 1970, et le Musée en plein air du Sart Tilman en 1977.

Aux premiers bâtiments succèdent donc des édifices à l’architecture variée, tant au niveau des formes que des matériaux : les volumes se morcellent, les plans se complexifient, les courbes se développent et les œuvres d’art intègrent l’architecture. Le cas de l’extension de l’Institut de Chimie (Claude Strebelle, Daniel Boden, Charles Dumont, 1977-1979) est parlant. Les différences entre ce dernier et le complexe de Chimie de la première génération sont flagrantes : variété de volumes, de matériaux, façades à hauteur réduite et interventions artistiques marquées. La Galerie des arts, servant à la fois d’amphithéâtres scientifiques et de vitrine pour le Musée en plein air, utilise la pierre naturelle et rappelle l’architecture organique.



C’est dans ce contexte que sont mis en œuvre les bâtiments destinés aux sciences humaines. Conformément au plan directeur, toute la zone située à l’entrée nord du domaine est aménagée afin d’accueillir ces nouvelles disciplines. Une vaste place triangulaire (la place du Rectorat) délimite l’espace et plonge, en suivant la courbe naturelle du terrain, vers la vallée du Blanc Gravier. La Faculté de Droit, Économie et Sciences sociales (Claude Strebelle, André Jacqmain, Daniel Boden, 1981) et l’Institut de Psychologie et Sciences de l’éducation (Claude Strebelle, Charles Dumont, 1982) prennent place sur deux de ses côtés, le troisième étant, à l’époque, réservé au Rectorat. La place, traitée avec la plus grande simplicité, est, selon la volonté de ses concepteurs, vide. Seules six œuvres d’art (les Liaisons) agrémentent son pourtour, dans le but de favoriser la communication entre place et constructions.

FacDroitLes bâtiments de Droit et de Psychologie, érigés presque simultanément, offrent une architecture similaire. Il s’agit, dans les deux cas, de plusieurs volumes différenciés, organisés autour d’un espace central, sorte de patio. Les toitures sont à double pente et certains percements se font courbes. La Faculté de Droit peut évoquer l’aspect d’un village, avec ses constructions diversifiées, implantées librement autour d’un « clocher »  dont la fonction purement technique est d’abriter un ascenseur.

<<< Faculté de Droit © Globalview.be

Cette tendance à l’humanisation de l’architecture est également perceptible dans l’Institut d’Électricité Montefiore (Jean Maquet, 1975-1985) où la présence marquée du bois (escaliers et revêtement de sol) participe à l’atmosphère conviviale et chaleureuse. Enfin, sortes de compléments à l’Institut d’Éducation physique, les Centres sportifs et d’hébergement du Blanc Gravier (Bruno Albert, 1978-1982) reflètent une certaine tendance post-moderne.

Les problèmes financiers dont souffre l’Université depuis le début des années 70 ne cessent de s’amplifier. La crise économique contraint l’Institution à effectuer, fin 1984, une série de remaniements de ses plans. Dans ce contexte difficile, le seul projet d’envergure qui voit le jour est la Faculté de Médecine vétérinaire (Jean-Claude Cornesse, Jean Englebert, André Hadjidimoff et Etienne Maréchal, 1980-1994).

En 1989, l’importante décision de maintenir une partie des activités universitaires au centre de Liège est prise. Le Rectorat, la Faculté de Philosophie et lettres ainsi que les services administratifs resteront logés dans les bâtiments de la place du 20-Août et de la place Cockerill. Vingt ans après l’installation universitaire au Sart Tilman, force est de constater que les contacts entre le domaine et la ville ne sont pas aussi aisés que prévu.

La troisième phase de construction : à partir de 1991


En 1991, l’Université obtient l’autonomie complète en matière de construction et d’entretien de son patrimoine immobilier et reçoit de la Communauté française une dernière dotation. Cet important apport financier – bien qu’insuffisant – entraîne une nette relance des chantiers, tant en ville qu’au Sart Tilman.

B52Les années 90 voient l’édification au Sart Tilman de plusieurs complexes intéressants. Citons les amphithéâtres de l’Europe (Daniel Dethier, 1994-1996), le bâtiment Trifacultaire (René Greisch, 1995), l’Institut de Mathématiques (Jean Maquet, 1997) et l’Institut du Génie civil et de Mécanique (René Greisch, 1998-2000).


D’un point de vue architectural, cette troisième phase présente certaines caractéristiques. Si le béton reste le matériau de prédilection, son traitement diffère des deux périodes précédentes. Parfois laissé apparent à l’intérieur des édifices, il est, à l’extérieur, recouvert de matériaux résistants : pierre bleue (amphithéâtres de l’Europe), zinc (Trifacultaire), cuivre (Institut de Mathématiques) ou acier inoxydable (Institut de Génie civil et de Mécanique). Outre une volonté esthétique, ce choix permet d’assurer à ces constructions une meilleure résistance dans le temps. Les dernières réalisations présentent une architecture marquée, conjuguant réflexion formelle, emploi de volumes simples et recours à une organisation interne claire. Cette tendance à l’épurement doit, bien entendu, être envisagée dans un contexte architectural élargi mais, à niveau plus restreint, elle peut être perçue comme une réaction face à la complexité organisationnelle et formelle de certains bâtiments de la deuxième phase.

Génie civil © Andrée Preschia


L’édification de l’Université au Sart Tilman sur une période de plus de 40 ans a, de toute évidence, produit un ensemble aussi varié que significatif, illustrant certaines des grandes tendances de l’architecture en Belgique. Les premières constructions, signées de grands noms de l’époque, illustrent les tendances modernistes et fonctionnalistes. Les constructions du second âge peuvent être envisagées comme une réaction par rapport à la rigueur des premières réalisations. Enfin, la troisième phase de constructions laisse apparaître un retour à une architecture épurée, caractéristique des dernières décennies du siècle. L’évolution du domaine universitaire est permanente. L’histoire n’est pas terminée : aux enjeux de développement harmonieux du site au point de vue urbanistique,  d’accessibilité et d’usage quotidien par la communauté universitaire et le grand public (rassemblement dans un même espace de fonctions diversifiés : enseignement, recherche, accueil des patients au CHU, activités des centres sportifs, usages récréatifs et culturels, etc.) viennent aujourd’hui s’ajouter les exigences de conservation, d’entretien et de restauration d’un patrimoine architectural de qualité.

Édith Micha et Jean Housen.

 

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Version imprimable Page mise à jour le 2009-01-27