Dépression des adolescents : une réalité mieux repérée


Dépression des adolescents : une réalité mieux repérée

26/03/2013

La dépression des adolescents : mieux décryptée, mieux repérée

5 à 7 pc des adolescents connaissent un épisode dépressif majeur, bien différent de la dépression des adultes. Les recherches de la psychologue Aurore Boulard mettent en évidence des facteurs et contextes, jusqu’alors méconnus ou sous-estimés, qui favorisent ce phénomène. Le fond et la forme de la dépression chez les jeunes peuvent désormais être mieux décryptés et repérés. La scientifique préconise en outre de s’interroger sur la manière de vivre ensemble à l’école.

Bien différemment de ce que peuvent vivre les adultes dépressifs, certains adolescents sont en dépression. On estime que 5 à 7 pc des adolescents connaissent un épisode dépressif majeur (EDM), les filles étant deux fois plus touchées que les garçons. Dans deux tiers des cas de dépression, les jeunes ne sont pas médicalement soignés. Ce phénomène de dépression adolescente comporte plusieurs risques : troubles de caractère, échecs scolaires, dépendances, conduites suicidaires (dans les trois ans qui suivent le diagnostic d’un EDM, 70 pc des jeunes font une tentative de suicide), renforcement des symptômes jusqu’à l’apparition d’une dépression adulte chronique. Or l’état dépressif chez l’adolescent – dont les syptômes sont mal identifiés – reste peu diagnostiqué, souvent assimilé à une crise, à une passade.
 
Les recherches récentes de la psychologue Aurore Boulard, qui enseigne au sein du département de Psychologies et cliniques des systèmes humains à l’Université de Liège et assure des consultations auprès d’enfants et adolescents à la Clinique psychologique et logopédique universitaire (CPLU), apportent une lumière nouvelle sur ce sujet.
 
En croisant les résulats de trois études complémentaires menées auprès de jeunes – aussi bien via des questionnaires écrits que des entretiens individuels de type « récits de vie » pour lesquels le vocabulaire utilisé et les émotions véhiculées ont été analysés –, Aurore Boulard révèle comment les agressions verbales, le « timing pubertaire » perçu et le sentiment d’être jugé, entre autres, concourent à plonger certains adolescents dans une spirale dépressive. « L’exclusion, les agressions verbales et le sentiment d’être jugé par les pairs jouent un rôle majeur sur le bien-être de l’adolescent, alors souvent isolé. De plus, son humeur dépressive donne des signaux de faiblesse propices aux attaques et à l’instauration d’une situation de harcèlement qui, ajoutée à des relations sociales minimes, sont fortement liées au développement de sentiments dépressifs et d’idées suicidaires, surtout chez les filles » résume-t-elle. Le poids des amitiés intimes, les aspects somatiques (maux de tête, maux d’estomac), la propension à rechercher le contact à tout prix, la tendance à tout miser sur l’école, l’irritabilité ou encore la perte d’énergie constituent des indicateurs importants.
 
La chercheuse pointe, en corollaire, un autre constat : la notion de bien-être est encore trop absente des préoccupations au sein des écoles – alors qu’elle est de plus en plus utilisée dans le monde du travail. « De manière institutionnelle, et en collaboration avec les enseignants, il devrait être possible de s’interroger sur la manière de vivre ensemble à l’école » assure-t-elle, suggérant la création de groupes de paroles à fréquence régulière.

En savoir plus

Lire « Les jeunes, la dépression... et le syndrome du Titanic » sur le webmagazine Reflexions (vulgarisation scientifique ULg) http://reflexions.ulg.ac.be/depressionados

Photo : © Paulius Brazauskas - Fotolia.com

Contact :

Aurore Boulard,
Département de Psychologie et cliniques des systèmes humains à l’ULg
+ 32 (0)4 366 23 97 aurore.boulard@ulg.ac.be

ULg – Service Presse et Communication
+ 32 (0)4 366 52 17 – 52 11 press@ulg.ac.be



5 avril 2013 - 21:04 - URL: http://www.ulg.ac.be/cms/rv_2904861/fr/depression-des-adolescents-une-realite-mieux-reperee
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