| Séance de rentrée académique 2010 : Agnès Varda | Tweeter |
Quoiqu'elle récuse
cette filiation, Agnès Varda, née en Belgique en 1928 d'un père grec et
d'une mère française, est souvent présentée comme l'une des
réalisatrices représentant la Nouvelle Vague. Cette réputation trouve
largement son origine dans son premier long métrage en 1955, La Pointe
Courte, avec Alain Resnais comme monteur et Philippe Noiret et Silvia
Monfort comme acteurs, qui, malgré des moyens modestes, a insufflé un
esprit nouveau au monde du cinéma français de l'époque.
Pourtant,
la réalisatrice se défend d'appartenir à une « chapelle » et c'est
presque par hasard qu'elle est venue au cinéma, elle qui s'avouait peu
cinéphile. Cette pionnière (elle est une des premières femmes
réalisatrices) est pourtant une « femme d'images », ayant étudié la
photographie à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. C'est la photo qui lui
donne d'ailleurs son premier emploi, au Théâtre national populaire alors
dirigé par Jean Vilar.
Au cinéma, Agnès Varda témoigne
rapidement d'une grande maîtrise, créant son langage et son univers
propres, animée par son envie d'explorer les dessous de la société et
d'aller à la rencontre des gens, de ses personnages, avec simplicité,
sensibilité, pudeur et parfois humour.
Sa filmographie comporte
plus d'une quarantaine de longs et courts métrages, de films
documentaires, parmi lesquels plusieurs jalonnent une carrière d'une
exceptionnelle fécondité, récompensée en 2002 par le Prix René Clair de
l'Académie française et en 2009 par le Prix Henri-Langlois : Cléo de 5 à
7 (1962) qui, par sa forme fraîche et novatrice, deviendra un classique
; Le Bonheur (1965), variation sur l'impossibilité du triangle
amoureux, Prix Louis Delluc également récompensé à Berlin ; Sans toit ni
loi (1985), son grand film sur l'errance qui révèle Sandrine Bonnaire
et obtiendra le Lion d'or à Venise ; Jane B. par Agnès V. (1987) et
Kung-fu master ! (1987), deux projets avec et sur Jane Birkin ; Jacquot
de Nantes (1991), Les Demoiselles ont eu 25 ans (1993) et L'Univers de
Jacques Demy (1995), trois films à la mémoire de son mari défunt, le
réalisateur Jacques Demy ; Les Glaneurs et la Glaneuse (2000),
documentaire à la rencontre des chiffonniers tourné caméra numérique à
l'épaule, technique qui l'aide à approcher et à montrer « l'intelligence
des pauvres, sans pitié ni misérabilisme » ; Les Plages d'Agnès (2008),
évocation autobiographique qui pourrait résumer son œuvre, racontant
avec finesse et intelligence les rencontres de son existence (César du
meilleur film documentaire).
« Comme chez Godart, il y a chez
[Agnès Varda] un sens aigu des pouvoirs du cinéma, un talent d'analyste,
une faculté à déployer dans la lumière les coutures de chaque projet,
une certaine littéralité. Ses films sont une pensée ludique en
construction ; ils créent une complicité généreuse et amusée dont
l'intelligence est le plus beau cadeau, car offert sans retenue et avec
un souci de compréhension permanent. » (Jérôme Dittmar)