Dépression saisonnière
Cette fiche santé a été rédigée avec la collaboration
du Pr Marc Ansseau, Service de Psychologie médicale, ULg-CHU
et du Pr Robert Poirrier, Service de Neurologie, ULg-CHU
Une interview du Dr Gilles Vandewalle (Centre de recherches du cyclotron) "Sommes nous tous dépressifs en hiver ?" : D'humeur sombre ? C'est peut-être parce qu'il fait nuit plus tôt. Gilles Vandewalle explore les liens entre passage des saisons et dépression. | ![]() |
A l'automne, les jours raccourcissent et la luminosité baisse; la nature commence à s'endormir et nous aussi ! Besoin de plus de sommeil, fatigue, baisse de dynamisme… nous sommes tous plus ou moins affectés par le cycle saisonnier et la luminosité semble bel et bien agir sur notre moral. Certains d'entre nous en souffrent plus que d'autres et développent ce que l'on appelle une dépression saisonnière dont l'origine est bien la grisaille ambiante. La preuve ? La fréquence de ce phénomène augmente plus on s'éloigne de l'équateur (taux de luminosité le plus élevé) et toucherait dès le début de l'hiver jusqu'à 9% de la population de l'Alaska. En Belgique, 6% des personnes (majoritairement des femmes) entre 15 et 30 ans en seraient victimes; les enfants eux aussi y sont confrontés. Un mal d'autant plus étrange (et mal compris) qu'il disparaît dès le printemps, une fois la luminosité restaurée ! La lumière vive agit sur les horloges internes et sur la production de sérotonine.
Les symptômesFatigue intense dès le matin, hypersomnie (besoin de sommeil très important), tristesse profonde, pessimisme, apathie, absence de plaisir et d'intérêt constituent les plaintes les plus fréquentes auxquelles se surajoutent généralement une diminution de la libido, une augmentation de l'appétit (fringales de sucreries) et une prise de poids. Rien que d'assez banal en hiver, direz-vous, car chacun se sent un peu concerné, mais c'est l'intensité et la persistance de ces symptômes ainsi que leur caractère répétitif (chaque année à pareille époque) qui permettront de poser le diagnostic médical : le ralentissement des fonctions biologiques et de l'activité quotidienne sont objectivables et certaines personnes voient leur vie professionnelle et sociale parfois profondément affectée. Les personnes atteintes minimisent souvent leur état et ne se soignent pas ou se soignent mal, considérant que la bonne saison leur rendra l'énergie… cela est vrai, mais en attendant, leur souffrance est grande, d'autant que l'entourage ne la comprend pas toujours, ni ne l'accepte facilement. | Dépression saisonnière ou dépression tout court ?Les symptômes sont souvent fort semblables et peuvent créer la confusion, mais la différence est cependant fondamentale : la dépression saisonnière est… saisonnière (elle commence à l'automne et s'achève au printemps) et est liée à la diminution de la luminosité. D'autres facteurs peuvent augmenter la sensibilité de la personne aux modifications hormonales causées par les phénomènes saisonniers : hérédité, histoire de vie (éducation, qualité des relations affectives…), manque de sommeil, événements de vie relationnels ou professionnels, état dépressif sous-jacent, etc. Certaines périodes de la vie fragilisent également parfois : l'adolescence, la ménopause, l'admission à la retraite… Par ailleurs, ces symptômes peuvent avoir des origines différentes, c'est pourquoi seul le médecin peut poser le diagnostic et prescrire le traitement adéquat. |
Puisque c'est la grisaille qui est le coupable désigné, tout ce qui peut concourir à renforcer notre "capital sérotonique" est important… Il convient de profiter le plus possible de la lumière naturelle en extérieur, car elle apporte quasiment toujours plus d'intensité lumineuse que la lumière artificielle.
De petites actions au quotidien pour un bénéfice maximum :
A l'extérieur, prenez un bain de lumière naturelle chaque fois que vous le pouvez !
| A l'intérieur, faites pénétrer un maximum de lumière naturelle
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N'oubliez toutefois pas que c'est bien la lumière qui est bénéfique, tandis que les UV sont nocifs; les conseils pour s'en protéger demeurent donc bien d'actualité… |
Quelques bonnes idées supplémentaires
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La dépression saisonnière clairement diagnostiquée est donc bien liée au manque de lumière. Son traitement ne nécessite donc généralement pas de médicaments, mais consiste bien à exposer la rétine (et surtout la partie inférieure de l'œil où se trouvent les récepteurs les plus sensibles) à un éclairement intense (lumière dépourvue d'UV et de rayons infrarouges nocifs pour l'œil) sous certaines conditions (moment, durée…). Cette technique s'appelle la luminothérapie ou photothérapie et a largement prouvé son efficacité dans ce type d'affection. Pour poser son diagnostic, le médecin vérifiera d'abord qu'il s'agit bien d'un trouble saisonnier auquel ne se surajoutent pas d'autres facteurs pouvant expliquer l'état dépressif et il rencontrera aussi régulièrement son patient pendant le traitement pour faire le point avec ce dernier sur son évolution.
On considère que les bienfaits de la luminothérapie se font sentir dans les 5 jours, mais que, plus tard on entame le traitement et plus il faudra de temps à ce dernier pour produire ses premiers effets… Il est donc essentiel de consulter le plus rapidement possible (dès août) si la fatigue nous paraît trop pesante et si nous savons d'expérience que l'automne est chaque année une période particulièrement difficile à vivre pour nous, pour notre vie personnelle, familiale et professionnelle.
Les panneaux lumineux carrés que l'on peut encore trouver dans le commerce : ils
ont une puissance de 2000 à 2500 lux et, pour être efficaces, il faut s'y exposer à
moins d'un mètre pendant une grosse heure le matin.
Les casques : plus proches des yeux (l'éclairement diminue fortement avec la distance) et offrant 4000 à 5000 lux, ils permettent de réduire le temps d'exposition à 30 minutes.
Les Luminettes : un tout nouveau produit, fruit des recherches de notre université et développé
par une spin-off de l'ULg. La Luminette est légère, se pose
sur le nez (même par-dessus des lunettes de correction optique)
et envoie sans vous éblouir 10 000 lux dans votre rétine; la durée de port conseillée est de 15 minutes par jour;
le traitement s'arrête au printemps. Cette petite merveille de technologie utilise surtout la lumière bleue, particulièrement efficace, mais aussi la verte (protection de l'œil) et l'orange (supprime les petites ombres qui pourraient se produire avec le bleu et assurent le confort du patient).
Certaines techniques, comme les simulateurs d'aube fonctionnent selon un principe différent : ils augmentent très lentement la luminosité de la chambre jusqu'à l'heure du réveil et ont montré une certaine efficacité.
L'attitude de l'entourage
Comment l'aider à traverser ces moments pénibles ? Comment réagir ?
| La luminothérapie doit rester une prescription faite par un médecinL'automédication est à proscrire, d'abord parce que certaines maladies de l'œil peuvent constituer des contre-indications (la rétinite pigmentaire, par exemple, une récente opération au laser, la cataracte…), mais aussi les migraines et certains types de dépressions. Il ne s'agit donc pas d'un traitement miracle utilisable par tout un chacun comme bon lui semble; il est d'ailleurs toujours l'objet de nombreuses recherches pour en préciser les indications thérapeutiques et les limites. On pense aujourd'hui qu'il pourrait se révéler intéressant dans certains troubles de l'éveil et du sommeil ou de certaines insomnies (liées par exemple au décalage horaire; par contre, les insomnies consécutives à l'anxiété ou à des angoisses nécessitent une prise en charge différente), dans la prise en charge d'autres dépressions, dans le sevrage d'alcool ou de sédatifs, mais aussi en médecine du travail (lors de difficultés liées aux horaires de nuit, par exemple) ou en médecine sportive (préparation d'athlètes lors de compétitions sous d'autres latitudes,…). ![]() Bref, un champ d'application vaste, mais délicat : l'automédication peut se révéler fort dangereuse puisqu'on touche ainsi, sans maîtrise aucune, à ce que l'on appelle nos "horloges biologiques", véritable régulation interne qui préside à toutes nos fonctions physiologiques et même cognitives. En vous souhaitant un hiver lumineux… |
Contact(s) : qualitedevie@ulg.ac.be