Quelques grandes figures de l'Université de Liège
| André Dumont reste sans doute à ce jour le seul géologue dont l'œuvre a
inspiré des poèmes tant elle a été appréciée et reconnue, chez nous
comme à l'étranger. Autodidacte, il se fait connaître à l'âge de 21 ans
par sa description géologique de la Province de Liège, dans laquelle,
apport essentiel, il met en évidence l'importance du plissement dans la
disposition des formations du sud de la Belgique. En 1834, il annonce à
l'Académie son intention de lever une carte géologique de la Belgique.
Il y consacrera 13 années de sa vie, effectuant près de 21.000 relevés
géologiques. |
![]() | Théodore Schwann est nommé professeur à Liège en 1848. C'est l'origine d'un puissant courant de recherches biologiques d'où les biotechnologies actuelles tirent leur origine lointaine. Né à Neuss sur le Rhin en 1810, Schwann avait fait des études au Gymnase de Cologne. A l'Université de Bonn, il étudie les sciences naturelles et la médecine et rencontre Johann Müller, pionnier de la méthode expérimentale en anatomie comparée et en physiologie. En 1833, il rejoint son professeur à Berlin et soutient en 1834 sa thèse de doctorat en médecine sur la nécessité de l'oxygène au développement de l'embryon de poulet. En octobre 1835, il découvre la pepsine. On connaissait le suc gastrique et la présence d'acide dans celui-ci. Schwann établit que dans la digestion de protéines, une autre substance, la pepsine, agit avec l'acide, dans un processus de fermentation. En 1836, il étudie les phénomènes de fermentation alcoolique et de putréfaction. Schwann démontre, avant Pasteur, que la putréfaction est due au développement des microorganismes, et que le chauffage de l'air détruit leurs germes. D'autre part, il découvre la nature vivante de la levure et son rôle dans la fermentation alcoolique.
En 1838-1839,
Schwann énonce dans ses Mikroskopiche Untersuchungen (Recherches
microscopiques) la théorie cellulaire : l'être vivant - animal ou
végétal - est constitué de cellules. C'est un agrégat de cellules
différenciées, provenant d'une cellule initiale, un oeuf. "L'origine
cellulaire est commune à tout ce qui vit". L'unité du vivant est
établie, la biologie générale est possible. |
| D’origine brugeoise, Emile de Laveleye poursuit ses humanités à Paris puis étudie la philosophie à Louvain et le droit à Gand. En 1864, il est nommé à la chaire d’économie politique de l’Université de Liège. Il publie des études sur les partis politiques. Proche du Premier ministre britannique Gladstone, il entretient avec celui-ci une correspondance suivie et inspire certains de ses écrits. Il y plaide sans cesse pour la neutralité de la Belgique et le pacifisme en Europe. En 1873, il publie un ouvrage important, Des causes actuelles de guerre en Europe et de l’arbitrage dans la préface duquel il insiste sur la puissance de l’opinion publique et dit sa crainte de voir l’Europe devenir un enfer vers la fin du siècle. Il ne se trompait que de quelques années |
| Le zoologiste Edouard Van Beneden apporte une contribution fondamentale à la connaissance du mécanisme de la division cellulaire et de la fécondation de l'oeuf par le spermatozoïde. Il montre que l'oeuf vierge est bien une cellule vivante détachée de l'organisme maternel et rendu capable de multiplication par la fécondation. Il est nommé professeur ordinaire en 1874 pour les cours de zoologie, d'anatomie et physiologie comparées et enfin d'embryologie. En 1883-1884, dans une mémorable étude des Archives de Biologie, Van Beneden met en évidence dans la cellule reproductive de l'ascaris (ver parasite de l'intestin du cheval) le phénomène de la méiose, c'est-à-dire la réduction des chromosomes des cellules sexuelles et le rôle du noyau dans la fécondation. En 1885 débutent les travaux du grand institut de zoologie dont Van Beneden conçoit le programme. L'influence de Van Beneden fut considérable à Liège, où une importante école d'embryologie comparée et expérimentale se constitue autour et après lui.
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| Né dans une région frontalière de la province de Luxembourg, Godefroid Kurth pratique l'allemand jusqu'à l'âge de 8 ans. Instruit ensuite en français, il sort de l'Ecole normale des Humanités de Liège (1868). Nommé professeur de français à l'Athénée de Liège (1869-1872), il succède à Adolphe Borgnet dans la chaire d'Histoire médiévale et d'Histoire de Belgique de l'Université peu avant de décrocher un doctorat spécial en sciences historiques (1873). Alors que, depuis longtemps, l'Allemagne avait développé les cours pratiques, l'enseignement de l'histoire demeurait, en Belgique, fort théorique. D'initiative, Kurth est le premier à ouvrir de tels cours à l'ULg. Cette véritable révolution sera ensuite imitée partout. En 1906, il renonce à son enseignement et est nommé à l'Institut historique belge de Rome. Sa réputation scientifique est consacrée par la sortie de son premier grand ouvrage : Les Origines de la civilisation moderne (1886), où il développe une thèse qui se retrouvera dans l'ensemble de ses travaux : civilisation et christianisme sont inséparables. Historien de Liège, il a attribué à Regnier de Huy la paternité des fonts baptismaux et développé un mémoire sur les origines de la ville de Liège, sur Notger et trois volumes sur Liège au Moyen Age. Unioniste convaincu, Kurth met en garde contre les querelles linguistiques qui pourraient être mortelles. Il rassemble d'ailleurs toutes ses idées sur la Belgique dans La Nationalité belge. |
![]() | Le Liégeois Walthère Spring suit à Bonn les cours de Kékulé et de Clausius. Il enseigne à Liège la chimie organique en 1877 et en 1880 la chimie minérale. Persuadé de la nécessité d'une solide formation scientifique de base pour les ingénieurs, il fera ouvrir en 1893 la faculté technique, avec la création d'un grade d'ingénieur chimiste. Alpiniste infatigable, il fut aussi un prodigieux enseignant dont les cours attiraient les foules. Même si, nous raconte Paul Dresse, il les terminait invariablement par cette assertion: "Et surtout, messieurs, n'oubliez jamais que l'atome est insécable!". Pressentant l’importance économique de cette science alors neuve qu’était la chimie, il consacre les dernières années de sa vie à la fondation d’un Institut de chimie doté de laboratoires les plus performants. Dans sa description de l'Institut de Chimie générale qui allait porter son nom, il écrivait avec une effrayante lucidité. "Le principal aliment de notre activité industrielle a été jusqu'à présent notre richesse minière, c'est elle surtout qui est l'origine de notre fortune et la raison de l'éclosion, sur notre sol, de tant de fabriques et d'établissements métallurgiques. Eh bien, ces trésors de la terre marchent rapidement vers un épuisement sans retour. Déjà toutes nos mines métallurgiques sont vidées, nombre de nos houillères sont fermées et les difficultés d'exploitation de celles qui restent en activité grandissent de jour en jour avec l'approfondissement des travaux. Les charbons étrangers arrivent à concourir, chez nous, avec ceux de notre sol. On doit le dire, dans un avenir encore indéterminé, notre pays devra chercher de nouvelles ressources sous peine de s'exposer à des convulsions qui pourront être terribles. Ces ressources nouvelles, il ne les trouvera que dans le développement, sagement préparé, des arts chimiques et des arts mécaniques". |
| Léon Fredericq naît à Gand en 1851. Il est nommé en 1879 professeur à l'Université de Liège, à la chaire de physiologie, où il succède àThéodore Schwann. Après ses études à Gand il avait, en Europe, fréquenté tous ceux qui s'occupaient de créer la physiologie expérimentale. Il en était revenu avec une robuste méthode expérimentale et la conviction que le vivant est un chapitre de la physique et de la chimie. Sous l'influence du darwinisme, il cherche chez les animaux marins les mécanismes de base de la biologie. Il découvre ainsi chez le crabe l'amputation réflexe ou autotomie. Mais il découvre aussi que le sang du poulpe contient une substance qui bleuit à l'air, l'hémocyanine, qui joue le même rôle que l'hémoglobine chez les vertébrés. Il étend ses recherches à la physiologie de la circulation et de la respiration. A partir des travaux sur l'équilibre du milieu intérieur, il aborde le concept clé de régulation. L'institut de physiologie, qu'il construit de 1885 à 1888, possède un rayonnement international. Les années ne vont cesser d'étoffer ce réseau de relations. Les congrès internationaux de physiologie ont été créés afin que les physiologistes - européens pour commencer - puissent se réunir autour de "démonstrations expérimentales". Le premier - où Fredericq était présent - se réunit à Bâle en 1888. Trois ans plus tard, président du deuxième Congrès, il reçoit à Liège102 physiologistes. Du côté des publications, signalons le succès remporté à l'étranger par ses ouvrages didactiques, en particulier les Eléments de physiologie, rédigés avec Nuel (sept éditions). A son actif encore, la création et la direction d'une revue, les Archives internationales de physiologie . Elles étaient conçues au départ, avec Paul Héger, son collègue de l'Université de Bruxelles. Dès le premier numéro (1904), les Archives prennent une dimension largement européenne. Elles représentaient alors la seule revue en langue française consacrée entièrement à la physiologie. Aquarelliste amateur de renom, Léon Fredericq ne cesse de peindre tout au long de sa vie. Les paysages des Fagnes le séduisent et il comprend tout l’intérêt scientifique de ce milieu. Il sera d’ailleurs parmi les fondateurs, en 1924, de la Station scientifique des Hautes Fagnes (Mont Rigi) de l’Université. |
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Celui
qui est reconnu comme le père de l'Ecole wallonne de philologie romane,
de renommée internationale, a fait de brillantes études à l'Université
de Liège, à Paris, ainsi qu'en Allemagne. Fondateur de la revue Le
Moyen Age (1888), professeur de français à l'Ecole normale, il enseigne
la philologie romane depuis cinq ans à l'ULg lorsqu'il y est nommé
professeur ordinaire (1895). C'est lui qui y inaugure la Section de
Langue et Littérature romanes. Fondateur de La Revue wallonne, il a
pour ambition de promouvoir, sur tous les plans, les aspects
spécifiques de la culture wallonne. Avec le Professeur Charlier de
l'ULB, il fonde aussi une maison d'édition : La Renaissance du livre
(1923). |
| Polydore Swings hisse au premier rang mondial l’observatoire de Cointe. C'est à Varsovie, puis à Chicago que Polydore Swings se persuade de la nécessité d'appliquer à l'astrophysique les progrès de la spectroscopie moléculaire. Avec lui, l'institut d'astrophysique de Cointe s'ouvre à la spectroscopie, Rosenfeld y contribue efficacement. En 1933, Boris Rosen les rejoint. Après un séjour forcé aux Etats-Unis pendant la guerre, Swings réorganise le laboratoire en 1948. Avec Swings, Marcel Migeotte et Paul Ledoux, le groupe d'astrophysique de Liège est au premier rang mondial. A partir de 1949, il organise les colloques internationaux d'astrophysique de Liège. La même année, Liège ouvre un laboratoire de spectrographie solaire à la Station scientifique internationale du Jungfraujoch (Suisse) et installe un télescope à l'observatoire de Haute- Provence. Dans les années soixante, la recherche spatiale européenne débute avec la constitution de l'Esro (Organisation européenne de recherches spatiales). Swings s'associe à la proposition de H.E. Butler, astronome à Edimbourg, pour construire un satellite emportant un télescope destiné à réaliser un relevé complet du ciel dans l'ultraviolet. Le satellite TD1 fut lancé en 1972. Il préside l’Union astronomique internationale (Uai) de 1964 à 1967, seul Belge à ce jour à avoir été honoré par ce poste, le plus prestigieux dans la discipline. |
![]() Paul Ledoux, à droite | Après avoir travaillé avec Pol Swings, Paul Ledoux parfait ses connaissances à l’Institut d’astrophysique théorique d’Oslo. Dans l’impossibilité de regagner notre pays à cause de la guerre, il séjourne tout d’abord à Stockholm puis part travailler à l’observatoire Yerkes (Chicago) avec Chandrasekhar. Ses travaux portent sur la stabilité des étoiles. On lui doit certains des premiers pas de la théorie de l’évolution des étoiles. Il imagine en effet un modèle théorique dit à noyau convectif s’appauvrissant progressivement en hydrogène. Petit à petit, un groupe de brillants théoriciens va se constituer autour de lui, apportant des contributions déterminantes aux problèmes de la structure interne, de l’évolution et de la stabilité des étoiles. |
| En 1947, Jean-Marie Ghuysen est promu Pharmacien et, en 1951, il obtient un Doctorat en chimie. Il est engagé au sein du tout récent Département de Microbiologie de l’Université de Liège par le Professeur Maurice Welsch. A cette époque, la découverte de la pénicilline et le concept d’“antibiose ”bouleversent la pratique médicale. Le jeune chimiste s’engage dans cette voie et y prend une part décisive. Plusieurs années lui seront nécessaires pour isoler, à partir de l’actinomycétine (un complexe qui sécrète un organisme présent dans tous les sols), une série d’agents qui ont l’étonnante propriété de dissoudre des bactéries vivantes. Grâce à ces observations, il va élucider pas à pas la structure chimique de la paroi bactérienne. Une
étape décisive sur le plan de la recherche internationale est franchie
en 1968, lorsque Jean-Marie Ghuysen démontre que la matrice rigide de
la paroi bactérienne est constituée d’un polymère jusque là inconnu et
qu’il dénomme peptidoglycane. Une seule molécule, de taille énorme,
enferme le contenu de toutes les bactéries. Elle est formée d’hydrates
de carbone et d’acides aminés uniques dans le monde vivant, et
enchaînés de façon complexe les uns aux autres. Depuis 1990, l’équipe fondée par le Professeur Ghuysen est réunie sous un même label – Centre d’Ingénierie des protéines – qui souligne à la fois sa pluridisciplinarité et son envergure. |