| RA2006 : Discours de Gérald PURNELLE et de Martine JAMINON, représentants des Scientifiques | Tweeter |
Madame la Présidente,
Monsieur le Recteur,
Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,
Mesdames et Messieurs les professeurs et chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Tout d’abord, Monsieur le Recteur, permettez-moi de vous remercier, au nom du personnel scientifique, de l’heureuse idée que vous avez eue de l’inviter à prendre la parole au cours d’une rentrée académique. Figurez-vous que cet honneur, nous l’avons plus d’une fois sollicité, mais à vous, nous n’avons pas eu à le demander : j’y vois la marque d’une attention spécifique de l’Institution à l’égard du personnel scientifique.
C’est qu’en effet, au sein de l’Université, le personnel scientifique a ses spécificités. Et pourtant, il partage les mêmes missions que le corps académique : encadrement, recherche, service à la communauté.
En un mouvement que les bouleversements récents, la réforme de Bologne et la détitularisation, ne font qu’amplifier de façon irréversible, on constate qu’à côté de tâches spécifiques d’encadrement, les scientifiques se voient confier nombre de missions d’enseignement, de suppléances et de cours libres. Au point que, sur le terrain, la frontière concrète entre académiques et scientifiques ne fait que s’estomper.
Il en va de même de la recherche, dont les chercheurs constituent bien sûr la cheville ouvrière, mais dont leur échoient de plus en plus l’initiative, l’impulsion et la réalisation.
Enfin, depuis l’information aux futurs étudiants jusqu’au Conseil d’administration, le personnel scientifique est présent partout où le service à la communauté le requiert.
Qu’il s’agisse d’enseignement, de recherche ou de service, le scientifique est donc plus que jamais un « citoyen » à part entière de l’Université, dans des conditions et sous des formes qui diffèrent moins que jamais de celles du corps académique. Et pourtant, il se distingue de celui-ci par la multiplicité de ses statuts, mais aussi, souvent, par leur précarité. Des assistants de la filière dite « État », des mandataires du FNRS et des chercheurs sur contrats, si les uns sont engagés à titre définitif, les autres sont temporaires, ou sous contrat à durée déterminée. Pourtant, par-delà cette variété, deux grandes questions définissent les préoccupations et les aspirations du personnel scientifique dans son ensemble. Je veux parler de la motivation et de la reconnaissance.
Entreprendre une carrière universitaire, c’est choisir un métier où s’allient le service, par la transmission du savoir et du savoir-faire, et l’épanouissement personnel, au travers de la recherche. Mais pour ambitionner de consacrer quelques années ou toute une vie à son institution, un minimum de motivation est nécessaire, et la motivation a besoin d’aliments.
Aux étudiants d’aujourd’hui il faut, pour choisir cette carrière, avoir reçu une formation de qualité, délivrée par des enseignants eux-mêmes motivés. Il leur faut aussi percevoir la qualité du fonctionnement même de l’Institution, dans sa structure, mais aussi dans son esprit et dans son ambition. Et l’on soulignera à cet égard l’importance du Projet ULg qui, à la suite de l’auto-évaluation que s’est imposée l’Université, est actuellement en gestation.
Mais, pour rester motivé, le personnel scientifique a besoin d’un autre aliment, la reconnaissance : reconnaissance de ses efforts et des mutations de son rôle dans l’Institution. Un aspect important de cette question concerne justement les statuts que j’évoquais tout à l’heure. La précarité doit-elle rester la contrainte fatale qu’elle représente pour une écrasante majorité de chercheurs ? Les scientifiques qui enseignent doivent-ils continuer à être statutairement distingués du corps académique ? À ces questions, nous le constatons, les autorités donnent d’ores et déjà des réponses encourageantes. Elles ont reconnu les besoin des départements et des facultés en restaurant la création de postes de scientifiques définitifs ; elles reconnaissent les problèmes et les aspirations des scientifiques en entamant un dialogue concret avec eux, et en s’engageant à traiter des questions telles que l’assimilation des mandataires définitifs du FNRS au corps académique, la création par voie décrétale d’un statut unique des enseignants, ou l’élaboration de solutions aux préoccupations spécifiques des chercheurs sur contrats.
Le personnel scientifique de l’université de Liège, ce sont 2000 hommes et femmes qui sont prêts et prêtes à relever avec leur alma mater les défis qui s’imposent à elle aujourd’hui.
Gérald Purnelle
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Monsieur le Recteur,
Vous avez décidé, pour votre première rentrée académique, de donner la parole au personnel scientifique. Et vous avez aussi émis le souhait de donner une place aux femmes ! De petits signes qui symbolisent une volonté manifeste de respect de la personne. Le personnel scientifique est reconnu comme citoyen à part entière de la cité universitaire, comme vient d’en parler mon collègue il y a un instant. Mais en plus, vous avez souhaité que femmes et hommes soient placés sur un même plan d’égalité et, pour ma part, j’ajouterai de fraternité. Les deux sexes se devaient ainsi d’être représentés aujourd’hui. Nous nous sommes donc mis à l’ouvrage, mon collègue et moi.
J’aurais
pu prendre la parole en premier, mais certains y auraient peut-être vu
de la condescendance ou du paternalisme. Nous aurions pu dialoguer,
mais d’autres y auraient perçu un côté artificiel mal à propos.
Certaines pourraient encore interpréter l’ordre choisi comme relevant
d’un machisme tenace. Il n’en est rien ! Voyez dans cet ordre, Monsieur
le Recteur, uniquement le fait qu’il faut bien qu’un prenne la parole
après l’autre. Mon collègue vient de vous parler du personnel
scientifique. Je vous parlerai des femmes…
Eh oui, Mesdames et Messieurs, notre université se féminise. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil dans nos amphithéâtres. Les jeunes filles sont là, attentives aux mots de leurs professeurs, captant, intégrant, critiquant leurs idées pour les transformer en grades souvent exceptionnels lors des examens, pour les sublimer en médailles et prix spéciaux, en fin de cursus. Devenues femmes, elles sont là au sein du personnel scientifique, pour démarrer, et obtenir, une thèse de doctorat. N’avons-nous pas aujourd’hui près de 48 % de femmes chercheuses. Eh oui, Messieurs les professeurs, dans un avenir proche, et par souci de cohérence, il faudra bien les accueillir, nombreuses, parmi vos collègues, au sein du corps académique. Et comme nous sommes 52% sur terre, qui sait, peut-être verrons-nous prochainement un conseil d’administration paritaire et, pourquoi pas, une femme rectrice.
Auriez-vous peur, Messieurs ? Incontestablement, c’est musclées qu’elles intégreront vos rangs. Pour elles, pas de cadeau, pas de carrière au rabais. Les avez-vous observées lorsque, mères de bébés de trois mois, elles récupèrent les heures de TP ou de séances d’exercices qu’elles n’ont pu donner durant leurs quelques semaines d’absence. Généralement pas de remplacement prévu pour elles, pas de backup ! Les avez-vous regardées rattraper le temps perdu dans la course à la publication ? Les avez-vous devinées donner leur cours entre deux tétées ? Femmes, épouses ou compagnes, mères et chercheuses…
A peine relevées de cette épreuve qu’est un début de maternité, les voilà qu’elles courent à nouveau, valise à la main, après le train ou l’avion qui les mènera vers le post-doc obligatoire pour entrer dans ce monde académique qui les fait rêver depuis si longtemps. Partagées entre culpabilité et courage, parfois déchirées entre tristesse et espoir, elles ont laissé sur le quai, compagnon et enfants. Oserait-on les qualifier de mauvaises mères ?
Revenues de Paris, de New York ou de Tokyo, les voici ici, dans notre université, dans la dernière ligne droite, enfin prêtes à entrer dans le personnel académique. Fortes de leurs compétences nouvelles, ce sont des Ségolène Royal, Hillary Clinton ou encore Vaira Vike-Freiberga qui, demain, s’assiéront à vos côtés, Messieurs.
Voici, Monsieur le Recteur, deux petits bémols pour abaisser d’un ton la note de contentement manifeste que voudrait vous transmettre le personnel scientifique, féminin et masculin, pour avoir choisi de consacrer votre première rentrée académique à quelques problèmes spécifiques aux femmes dans le monde économique, politique et culturel. Ceci augure de jours meilleurs. C’est un signe sans doute du progrès de l’humanité. Nous sommes convaincus que vous vous appliquerez, vous-même et votre équipe, à ce que nous puissions, hommes et femmes, travailler ensemble, toujours mieux, dans un souci d’équité et de fraternité. Mon collègue et moi-même vous remercions de votre attention.
Martine Jaminon
Photos: ULg-TILT Houet