En
1881, à la suite de ses consoeurs bruxelloises et gantoises,
l'Université de Liège autorisait pour la première fois l'inscription
des étudiantes. L'air du temps n'était pas encore à l'émancipation des
femmes hors de la sphère familiale et éducative. Les femmes tombaient
toujours sous le coup d'une infériorité juridique et civile héritée du
Code Napoléon. Les rares dames qui devenaient titulaires d'un titre
universitaire étaient peu nombreuses et faisaient l'objet de nombreux
préjugés. Elles devaient souvent obtenir l'autorisation de leur époux
et ne pouvaient quelquefois pas avoir accès à la profession à laquelle
les destinaient leurs études. Ainsi, le métier d'avocate ne fut pas
reconnu pour les femmes avant 1921. Une discrimination que combattit
avec acharnement Marie Popelin, diplômée en droit mais exclue du
barreau parce qu'elle était une femme.
Cent vingt-cinq ans plus tard, l'Université connaît une explosion de l'inscription des femmes. La démocratisation s'accélère. Les femmes sont passées d'environ 20% de la population universitaire il y a 50 ans, à 51% de la population universitaire aujourd'hui. Appliquées, elles se distinguent aussi par un taux de réussite plus élevé que celui des garçons. Même si l'Université demeure encore peu accessible à toutes les couches socio-économiques de la société, elle demeure en avance sur la société dans la marche vers la parité hommes-femmes.
Ce constat positif relatif à l'accès des filles aux études universitaires n'efface pourtant pas ce phénomène singulier: les filles s'orientent toujours massivement vers les études de sciences humaines et sociales. Prenant d'assaut les facultés de Psychologie, de Philosophie & Lettres, de Sciences sociales, elles délaissent les filières scientifiques et techniques à l'heure où la Wallonie manque cruellement de scientifiques et d'ingénieurs. Le rapport Newtonia démontre à quel point les stéréotypes sexuels restent ancrés dans les esprits et quelle part de déterminisme de genre se cache derrière ces choix.
Si la population féminine s'avère importante aux premiers et deuxièmes cycles, il n'en est plus de même pour les 3e cycles et le doctorat, où la part féminine décroît sévèrement.
En effet, la carrière scientifique et académique des femmes à l'Université bute toujours sur ce que l'on appelle dans la littérature sociologique le fameux "plafond de verre" et subit de plein fouet le phénomène d'inégalité hommes-femmes. Certains sociologues voient une explication à ce phénomène « de plafond de verre » dans les préjugés culturels défavorables aux carrières féminines (grossesse, charges familiales qui viendraient limiter une carrière scientifique) et dans le capital social dont ne disposeraient pas les femmes en termes de prestige et de réseau de relations ...
A titre d'exemple, citons quelques chiffres tirés d'une étude de la professeure Annie Cornet du FERULg (Femmes, Enseignement, Recherche de l'Université de Liège): les femmes à l'ULg ne représentent que plus ou moins 20% des professeurs et chargés de cours, et seulement 6% des professeurs ordinaires, tandis qu'elles représentent près de 91% du personnel administratif.
A l'issue de leur formation, les filles subissent
encore de nombreuses discriminations. L'égalité salariale n'est en
effet pas encore à l'ordre du jour dans le privé. La promotion et les
perspectives de carrière ne sont pas semblables à celles des garçons.
Enfin, le choix de certaines filières — aux débouchés aléatoires —
massivement empruntées par les filles limite leurs possibilités
d'accession à un emploi — porteur et valorisé — dans la société.
Sur
le plan de la représentation des étudiantes, force est de constater que
nous aussi, à la Fédération des étudiants de l'ULg, nous pouvons faire
beaucoup mieux. Les filles ne représentent qu'à peine 25% des effectifs
étudiants de l'ensemble des Conseils de Faculté. Elles sont quasiment
absentes des Conseils de Faculté en Sciences appliquées et au sein du
Conseil d'Administration de l'ULg. A l'heure où le décret Bologne a
modifié la structure des études, où l'on encourage l'e-learning,
la mobilité dans toute l'Europe et dans le monde, à l'heure où la
participation étudiante est légalement reconnue dans les organes des
Universités, la faible représentativité féminine apparaît comme un
anachronisme stupéfiant.
En tant que représentants de tous les étudiants, nous
sommes conscients du problème et déterminés à hisser la part de la
représentation étudiante féminine en relation avec la proportion
d'étudiantes fréquentant l'Université.
Néanmoins, ne perdons pas de vue que ce phénomène de faible
représentativité, bien visible pour les filles, s'inscrit par ailleurs
dans une tendance de baisse globale de l'intérêt pour l'engagement
associatif étudiant. Quel que soit le sexe, l'engagement étudiant se
fait plus rare et l'intérêt pour les élections étudiantes est
particulièrement faible, comme l'ont démontré ces dernières élections
de mars.
Le nouveau Conseil d'Administration de la Fédération des étudiants de
l'ULg entend cette année réveiller l'intérêt pour la représentation
étudiante et sensibiliser les étudiantes et les étudiants à une plus
grande participation dans les organes pédagogiques, sociaux et
culturels de l'Université. En vertu du décret Participation, un nombre
important de sièges sont à attribuer et il en va de notre
responsabilité de les pourvoir au mieux. Oui, nous en sommes
convaincus : les hommes et des femmes qui
reçoivent chaque jour les enseignements de l'ULg, ne peuvent se limiter
à être de simples « consommateurs du savoir » formatés pour le marché
de l'emploi. La vocation d'un universitaire est aussi de penser le
monde, de s'y impliquer et de témoigner de sa citoyenneté en
participant à la démocratie étudiante.
Au cœur des différents cercles qui animent la vie socioculturelle
étudiante, règne une conception d'hommes et de femmes qui prennent leur
destin en main, soucieux du bien-être social de leurs pairs, défenseurs
de la libre expression étudiante, des droits de l'Homme, et actifs dans
le combat pour un enseignement public et de qualité face au marché. Que
ces préoccupations puissent résonner avec le caractère public et
pluraliste de l'ULg, Université à vocation citoyenne, ne peut que nous
ravir.
Je vous remercie pour votre attention.
Roland NEYRINCK et Vinoj SCHMETZ
Photos: ULg-TILT Houet