La paix entre les peuples n’est envisageable que s’il y a compréhension entre les hommes.La transmission du savoir ne doit pas être considérée comme une fontaine remplissant un vase. Une tête bien faite est une tête bien pleine mais qui sait aussi remettre en cause ce qu’on lui a enseigné.
Chacun ici présent souhaite l’avènement d’une société plus juste, plus humaine, où l’actualité serait le bonheur de tous, et non plus les crises perpétuelles.
La paix entre les peuples n’est envisageable que s’il y a compréhension entre les hommes.
Ecouter son voisin et confronter nos opinions aux siennes demande une certaine ouverture d’esprit. Et celle-ci ne s’acquiert que par l’éducation. Comme, par ailleurs, les autres valeurs humanistes, qui ne sont pas acquises à la naissance, mais bien transmises par nos semblables.
Et c’est bien la volonté de partager ces valeurs qui est l’acte fondateur de l’université. Mais quelle université ?
La priorité de l’université est de former des hommes complets, capables de s’épanouir, tant individuellement que collectivement. Elle doit donc permettre à un maximum d’atteindre ce but : on ne peut effectivement prôner d’une part la fraternité et l’égalité universelle, et réserver d’autre part l’accès au savoir à une élite. Pas plus qu’on ne peut rester insensible au fait qu’une partie des étudiants - pardon ! une majorité d’étudiants - soient montés à bord du navire universitaire, puis débarqués sans canot en pleine mer. L’échec a un coût humain exorbitant. Il devient intolérable lorsqu’il constitue la norme, comme c’est le cas chez nous. Il stigmatise alors l’échec du système lui-même.
Il n’est cependant pas question de sacrifier la qualité de la formation en appliquant un nivellement par le bas : la diminution des exigences ne servirait en rien le but de l’Institution. Par ailleurs, au-delà d’une qualité technique au sens large, nous voudrions mettre l’accent sur le besoin d’interdisciplinarité dans le parcours de l’étudiant.
Enfin, la transmission du savoir ne doit pas être considérée comme une fontaine remplissant un vase... Une tête bien faite est une tête bien pleine mais qui sait aussi remettre en cause ce qu’on lui a enseigné. Assimilation de connaissances, certes, mais assimilation critique par l’apprentissage du débat et la prise de responsabilités. Il faut donc veiller à permettre la participation des étudiants, favorisant ainsi l’éducation à la citoyenneté et l’apprentissage à la gestion de la cité. Il s’agit autant de la participation des étudiants dans les différents niveaux de pouvoir que de l’implication de chaque étudiant dans sa propre formation.
Assurément, l’université, humaniste, se doit donc de combiner liberté d’accès, formation de qualité et participation des acteurs. Comme l’annonçaient Maryline et Stéphane, il y a deux ans déjà, ces trois postulats forment les principes de base d’un autre enseignement vecteur d’une autre société.
Le rôle de notre Ecole s’avère d’autant plus crucial que notre modèle de société démocratique, encore loin d’être universellement répandu, n’est pas à l'abri de tout danger. En cette fin de deuxième millénaire — pour l’ère chrétienne —, d’aucuns choisissent une autre vision de la société. Remise en question, voire négation de nos valeurs démocratiques.
La recrudescence actuelle des intégrismes de toutes sortes ne peut que nous inquiéter. L’ignorance constitue par ailleurs le berceau de ces derniers. L’histoire nous l’a montré à maintes reprises. Le plus sûr moyen d’asseoir un pouvoir totalitaire est d’abrutir les masses en leur servant uniquement du pain et des jeux, ainsi qu’en confisquant les connaissances, en réservant le bûcher aux savants contestataires. En cette fin de siècle, tant les intégrismes religieux que nationaux ou raciaux prolifèrent un peu partout et menacent plus que jamais d’envenimer la paix, d’ensanglanter la vie, de plonger notre avenir dans l’obscurité.
La méconnaissance de la culture et des traditions de l’autre engendrent généralement racisme et xénophobie, porteurs de thèses simplistes et réductrices, dont le fondement essentiel est de rendre cet autre responsable de ses propres infortunes et donc, de le rejeter. Si les partisans de telles doctrines sont pauvres en idées, ils semblent riches en méthodes. Nous pensions les connaître ; nous nous apercevons, au vu d'événements récents, qu’elles s’étendent de la matraque au coussin.
La volonté, non plus de privilégier l’épanouissement de chacun au profit de la collectivité tout entière, mais bien de favoriser sa personne au détriment des autres, représente un autre danger. Cet individualisme tend de plus en plus à prendre le pas sur la solidarité, ouvrant le début d’une nouvelle ère, la perspective d’une société du «Chacun pour soi et tous contre tous».
Heureusement, ici présent, chacun d’entre nous souhaite l’avènement d’une société plus juste, plus humaine, où l’actualité serait le bonheur de tous et non plus les crises perpétuelles. Chacun regrette les remises en cause de valeurs fondamentales que l’on imaginait intouchables. En tant que gardienne de celles-ci, l’uUniversité se situe donc à une position stratégique.
Une question reste dès lors en suspens. Année après année, tous les discours convergent. Le même constat, les mêmes valeurs réitérées. Alors, tout simplement, afin d’atteindre notre idéal, pourquoi les moyens ne suivent-ils pas ? N’est il pas temps pour chacun de mettre ses actes en accord avec ses dires ?
Stéphane GRETRY et Benjamin RENAVILLE
Présidents de la Fédération des Etudiants de l'ULg