| Rentrée Académique 2003-2004 - Allocution de Karin Walvarens et Jasmine Beya | ![]() |
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Sentiment suprême que celui de justice. Malheureusement, il ne rime pas toujours avec égalité. Mot polysémique s'il en est, son sens, ou plutôt les réalités qu'il recouvre, dépendent autant de l'époque que du pays où l'on se trouve. Nous faisons le choix de ne pas entrer dans les débats idéologiques ou plus "pratiques" sur ce que la justice est ou ce qu'elle devrait être. Nous laissons cela aux philosophes , théoriciens du droit et professionnels qui, bien mieux que nous, peuvent en parler. De même, bien que heurtées par l'actualité internationale, nous ne souhaitons pas entamer le débat, peut-être par peur de ne pouvoir le conclure.
En tant que représentantes des étudiants, nous désirons vous faire part de "leurs" injustices et de "leurs" craintes. Nos étudiants ont peur de la crise économique. En effet, c'est elle qui les empêche de trouver le travail pour lequel ils se préparent pendant des années. C'est injuste!
Nos étudiants rencontrent des difficultés pour accomplir des séjours à l'étranger. Quelques fois les bourses sont trop faibles, quelques fois peut-être les professeurs ne font pas assez d'efforts pour aménager les horaires d'examens. A l'heure où l'Europe est construite et où l'ouverture sur le monde est reconnue comme un atout sur le marché de l'emploi, les étudiants s'interrogent car .. c'est injuste!
Nos étudiants voient se mettre en place les accords de Bologne et cela les réjouit car cette uniformisation sera bénéfique pour leur mobilité. Cependant, ils s'interrogent sur la manière dont cette réforme sera organisée. Alors que premiers concernés par ce changement, ils ne sont souvent pas consultés. C'est injuste!
Nos étudiants s'inquiètent des ingégalités face aux moyens financiers dont ils disposent pour mener à bien leurs études. Certains d'entre eux ne peuvent s'offrir les nouveautés technologiques parfois indispensables dans leur formation. Ils ont peur des méandres administratifs, du manque de clarté, ... Tout simplement ils ont peur de ne pas avoir les mêmes chances. Il faut les aider, sinon c'est injuste!
La priorité de l'université est de former des hommes complets, capables de s'épanouir, tant individuellement que collectivement. Elle doit donc permettre à un maximum d'atteindre ce but: on ne peut effectivement prôner d'une part la fraternité et l'égalité universelle, et réserver d'autre part l'accès au savoir à une élite. Pas plus qu'on ne peut rester insensible au fait qu'une partie des étudiants - pardon! une pajorité d'étudiants - soient montés à bord du navire universitaire, puis débarqués sans canot en pleine mer. L'échec a un coût humain exorbitant. Il devient intolérable lorsqu'il constitue la norme, comme c'est le cas chez nous. Il stigmatise alors l'échec du système lui-même.
La volonté, non plus de privilégier l'épanouissement de chacun au profit de la collectivité tout entière, mais bien de favoriser sa personne au détriment des autres, représente un aute danger. Cet individualisme tend de plus en plus à prendre le pas sur la solidarité, ouvrant le début d'une nouvelle ère, la perspective d'une société du "chacun pour soir et tous contre tous".
Nous savons que ce qui précède ne semble pas très positif et peut choquer. mais avant d'être entendues, il nous incombe d'attirer l'attention. Puisque nous avons la chance d'être ici devant vous aujourd'hui, nous avons pu attirer la vôtre en portant la voix des étudiants. Etant donné que ceux-ci participent à la construction de la société de demain, ils doivent pratiquement oeuvrer à ce qu'elle soit plus juste. Pour cela, nous vous demandons de l'aide.
Nous sollicitons pour eux une plus grande place dans les débats, partant du principe que malgré le manque d'expérience, les idées nouvelles, les pistes de changement et l'énergie peuvent aussi venir des plus jeunes. Grâce à votre pratique, vous pourrez nous aider à ouvrir cette réflexion sur une société plus juste.
Nous sommes conscientes aussi de tous les efforts déjà fournis par nos aînés pour nous procurer un présent où il est possible de aprler de justice. En effet, vivant dans une société démocratique, nous avons le droit de nous exprimer et nous trouvons cela formidable. Pour cela, nous vous remercions. Nous savons que la tâche est ardue mais, pour nos enfants, nous faisons la promesse d'oeuvrer pour une amélioration du sentiment de justice.
Ecouter son voisin et confronter nos opinions aux siennes demande une certaine ouverture d'esprit. Et celle-ci ne s'acquiert que par l'éducation. Comme, par ailleurs, les autres valeurs humanistes, qui ne sont pas acquises à la naissance, mais bien trasmises par nos semblables.
Heureusemet, chacun d'entre nous ici présent souhaite l'avènement d'une société plus juste, plus humaine, où l'actualité serait le bonheur de tous et non plus les crises perpétuelles. Chacun regrette les remises en cause de valeurs fondamentaes que l'on imaginait intouchables. Nous pensons que l'Université, en tant que gardienne de celles-ci, se situe donc à une position stratégique.
Karin Walravens et Jasmine Beya