Rentrée académique 2004-2005: Alocution des Coprésidents de la Fédération étudiante

Geoffrey PIETTE et Jean-Yves PIRENNE

ra2004-JLW-fede2ra2004-JLW-fede1Nous constatons aujourd ’hui que l’humanité, dans sa globalité, évolue dans un climat de crainte. Le Monde résonne du bruit des guerres incessantes, que l’on nomme aujourd ’hui «conflits» , essayant ainsi peut-être
d’amener la population à accepter plus facilement cet état de fait.

Nous avons peur ! Peur de cette violence qui semblait, pour nous occidentaux, se limiter aux contours nets d ’un écran de télévision. Peur de cette violence qui, on nous le répète chaque jour dans les médias, prend possession des rues de nos villes. Que ce soit une réalité ou une illusion collective, le sentiment de peur, lui, est bien présent.

L ’Homme de ce début de millénaire a également peur pour son avenir. Que l’on observe les pays en voie de développement ou les superpuissances économiques, on retrouve chez nombre d’êtres humains cette
même peur de ne pouvoir répondre à ses besoins les plus essentiels : se nourrir et disposer d ’un logement.

Ce phénomène de peur - on pourrait, en forçant le trait, parler de psychose générale - amène naturellement l'homme à dresser des barrières autour de lui pour se protéger. Et ainsi, nous assistons à une croissance
constante de l’individualisme et de l’esprit de compétition qui, loin d ’encourager les hommes à donner le meilleur d’eux-mêmes dans un but noble, les amène à se battre pour des «privilèges» qui ne sont, la plupart du temps, que de droits.

ra2004-TILT-fede1Les hommes de la société actuelle sont bien trop souvent en concurrence : pour un emploi, pour une place de parking, pour un logement social … Une logique compétitive et commerciale semble régir les échanges
humains.

Au vu de ce portrait, on pourrait longtemps chercher avant d ’apercevoir une lueur, un esprit humaniste.

«On ne naît pas Homme,on le devient !»

Ainsi a pu être exprimé l’idéal même de l’Humanisme renaissant. A l ’époque où l’Europe sort d’une sombre période médiévale, des érudits, toujours plus nombreux, se mettent en quête de manuscrits antiques. Et
c’est par une existence entière vouée à l’étude qu’un projet éducationnel se met en place.

C’est alors l’Homme, ni plus ni moins, qui est élevé au centre des débats. Par l’étude littéraire, les valeurs propres à l ’épanouissement de l ’Etre Humain sont portées au plus haut. Plus de six siècles plus tard, ces mêmes valeurs n’ont pas disparu. Mais les idéaux de solidarité et d ’entraide sont-ils dans toutes les consciences ?

L’échange et la transmission des connaissances sont-ils monnaies courantes ? L’éducation, l’enseignement et le bien-être social sont-ils des préoccupations de tout instant ? L’Homme et son bonheur restent-ils finalement au centre des souhaits de chacun ? Ne seraient-ce pas là les indicateurs d ’une société prônant les valeurs du bien-être humain ?Accessible à tous, mais surtout, défendu par chacun !!!

Face aux dérives que nous venons d'évoquer, le développement de l'associatif apparaît comme une lueur d'espoir. Le don de soi transcende l'homme et l'anoblit. Aujourd'hui, partout dans le monde, des hommes et des femmes s'associent et luttent au jour le jour pour tendre vers un idéal de civilisation :le bonheur de tous ses citoyens. Les étudiants sont sensibles à cet idéal. C'est pourquoi ils tentent au quotidien de contribuer à l'émulation de l'altruisme au sein de la communauté universitaire.

En effet,nous constituons des cercles à finalités multiples. De la défense des droits de l'homme à celle de nos pairs, l'associatif étudiant fut de tout temps et reste à l'heure actuelle actif sur tous les sujets qui les concernent,
ainsi que sur toute question de société.

Nous profitons de l'occasion pour inviter les autorités académiques et les professeurs à promouvoir l'expérience de l'engagement citoyen auprès des nouveaux bacheliers (puisque c'est maintenant comme ça qu'on les nomme...). À notre charge ensuite de leur faire découvrir les nombreuses possibilités qu'offre le campus.

En outre,nous voudrions rappeler que si le savoir d ’une société peut se construire de mille façons, il est le dû de chaque citoyen. Un accès sans embûche à celui-ci est l’apanage d’une société humaniste, c’est pourquoi
l’accessibilité aux études et la qualité de celles-ci ont été de tout temps la principale revendication des mouvements étudiants. Une démocratie ne peut que profiter du niveau d’érudition de ses citoyens. En ce sens, la formation de la jeunesse doit promouvoir l’esprit critique et d’ouverture, afin que tout homme et toute femme se sente investi de son devoir d’opinion sur le monde qui l’entoure et participe donc activement à l’élaboration de son cadre de vie.

ra2004-TILT-fede2Aujourd’hui, pour nous garantir que la connaissance rejaillisse sur tous, nous affirmons que l’enseignement et la recherche doivent à tout prix demeurer des biens publics ! Le Savoir a un coût qu’il nous faut tous assumer.
Mais la recherche fondamentale, qui semble en péril probablement à cause de son manque de rentabilité, est le ciment de toute avancée de la qualité de vie développée lors des recherches appliquées. L’Humanité ne peut progresser que dans un tissu de savoir qui soit suffisamment étoffé et accessible pour que puisse s’épanouir sa créativité.

La mission d’une Université comme la nôtre n ’est pas de générer des profits directs mais d’éclairer une région de ses lumières. Le contribuable ne souhaite pas non plus simplement financer la formation d’une élite qui
arpentera, diplôme à la main, le marché de l ’emploi, mais désire offrir à la jeunesse les éléments nécessaires pour tracer la voie de l’Humanité en connaissance de cause.

A l ’aube de l ’harmonisation, il nous faut choisir. Choisir de rentrer dans le jeu de la concurrence, où la survie des institutions dépend de la rentabilité à tout prix, rendant la connaissance esclave du marché pour une
vision du savoir toujours à plus court terme, ou construire ensemble, en Europe, un Sanctuaire d’un Savoir rayonnant sur le Monde au sein duquel chaque citoyen puisse s’épanouir en toute liberté.

Portraits ©ULg - Jean-Louis Wertz
Photos en séance ©ULg - Michel Houet

 

Université de Liège
Septembre 2004 - Cellule Internet

Print version Page updated on 27/01/2009