Allocution de Hughes Renard, représentant des étudiants

0214Il y a maintenant 5 ans que le décret Bologne est appliqué dans notre enseignement supérieur. C'est donc pour la Fédération des étudiants l'occasion de faire le point et de réfléchir à l'avenir de cette réforme importante, qui n'en est pourtant qu'à ses débuts.

Si ce thème a déjà été abordé à de nombreuses reprises par les représentants étudiants, nous souhaiterions, aujourd'hui et avec un peu de recul, l'aborder sous un autre angle.

Puisque Bologne est une réalité et qu'il n'est pas dans notre intention de nager à contre-courant, nous souhaiterions relever un point de ce processus, primordial, essentiel, mais qui pourtant en Communauté française est resté lettre morte.

Nous connaissons aujourd'hui un enseignement schizophrène. En effet, l'harmonisation européenne voulue par Bologne est imprégnée d'un esprit qui n'est pas le nôtre et qui ne correspond pas forcément aux pratiques en vigueur dans notre enseignement.

Bologne, vous le savez très bien, divise les diplômes en trois cycles : un Bachelier de 180 crédits, un Master de 60 ou 120 crédits et un troisième cycle de formation doctorale. En Communauté française, candidature et licence sont devenues bachelier et master, et chaque année s'est vue attribuer 60 crédits qui ont ensuite été répartis entre les cours déjà existants.

En fait, nous avons préféré faire en sorte que ce que nous avions déjà corresponde aux termes de la déclaration, plutôt que de modifier nos programmes en fonction de son esprit.

Ainsi, l'une des plus grandes révolutions mise en chantier par Bologne et son système de crédit était l'abandon de l'organisation découpé en années. Pourtant, nous sommes restés accrochés à ce système dépassé d'années cloisonnées, où la réussite de la totalité des cours d'une année donne accès à la totalité des cours de l'année suivante.

Vous serez d'accord avec nous de dire qu'il est absurde qu'un étudiant rate une année pour 2 cours et soit obligé de leur consacrer 10 mois supplémentaires avant de pouvoir s'inscrire dans l'année suivante.

Ainsi, pour pallier à ce non sens, ont été mis sur pied « la réussite à 48 crédits », la possibilité de prendre des cours en élève libre, ou encore la possibilité de fractionner sa première année en deux ans. Mais toutes ces options, destinées à favoriser la réussite, n'en restent pas moins des pansements de fortune qui accrochent mal et qui, pour ne rien arranger, sont règlementés et appliqués différemment selon les facultés et, parfois même, selon les professeurs.

Ces options sont d'autant moins des excuses que leur but est en réalité de faire ressembler le plus possible notre système de division par année au système Bologne de cycles. Il est grand temps que nous supprimions ces faux semblants et que nous respections, enfin, le véritable esprit de la déclaration.

Selon cet esprit, par exemple, l'accomplissement d'un cycle de bachelier dépend de la réussite de chacun des cours qui le composent et non, comme on l'a décidé, de la réussite successive de 3 années de 60 crédits.

En pratique, dans un système de cycles, un cours réussi sera remplacé par un autre, et un cours raté sera à refaire, tout simplement. Fini donc les programmes de 5 ou 6 heures pas semaine pour un étudiant répétant. De la même manière, il ne sera plus nécessaire de laisser réussir un étudiant avec une cote de 7/20 puisqu'il suffira de lui faire recommencer le cours en question, sans pour cela lui faire perdre une année entière !

Un tel système, en plus de balayer les fatigantes contraintes administratives que nous connaissons au quotidien, permettrait également une bénéfique personnalisation de son cursus par chaque étudiant.

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En effet, alors que l'interdisciplinarité est défendue corps et âme au niveau de la recherche, il est à peu près impossible pour un étudiant de suivre, s'il le souhaite, des cours dans une autre faculté.

Nous pensons particulièrement aux masters. Plutôt que d'offrir à l'ULg 170 masters aux programmes fermés, dont certains ne diffèrent entre eux que de quelques cours, pourquoi ne pas demander à l'étudiant de rendre un projet de programme personnalisé ?

Celui-ci serait une sélection de différents cours offerts à l'ULg, dont la cohérence devra être motivée auprès du conseil des études qui l'évaluerait. Nous pourrions ainsi nous vanter d'offrir une infinité de formations à la carte sans bien évidemment en diminuer la qualité.

Ce ne sont là bien sûr que quelques pistes à explorer, et il en reste une infinité d'autres ! Il est tout à fait possible que vous ayez l'impression que les étudiants, dans leurs revendications, ne sont pas toujours conscients de ce qu'ils demandent, des contraintes qui sont les vôtres. Cela peut arriver, effectivement. Dans tous les cas, nous opposer votre expérience et votre envie de défendre la qualité d'un cursus est normal. Nous opposer des contraintes budgétaires est compréhensible mais frustrant, autant pour vous que pour nous.

Mais en aucun cas le fait que « nous ayons toujours fait comme ça » ne peut être une excuse. Si la contrainte à laquelle on se heurte est la difficulté de changer les mentalités, c'est quelque chose que nous ne pourrons jamais accepter.

Nous le refusons, nous le combattons, et nous espérons qu'à l'avenir vous le refuserez et le combattrez à nos cotés.


Je vous remercie de votre attention.

 

 Photos : © ULg - Michel Houet

 

Version imprimable Page mise à jour le 2009-10-27