Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Que ce soit pour une partie ou l’intégralité de leur cursus, les étudiants qui choisissent de partir à l’étranger sont chaque année plus nombreux. Cette progression n’est en rien due au hasard : elle signifie le succès de l’internationalisation progressive des études supérieures, voulue par les différents acteurs de l’enseignement en Europe et dans le monde. Le succès des programmes Erasmus (entre autres), portés par la Communauté Européenne dans son ensemble, prouve que l’émergence d’une Europe culturelle n’est pas utopique. Cette évolution, qui est actuellement la plus tangible, sera bientôt suivie de nouvelles avancées. La signature de la déclaration de Bologne en 1999 et la mise en œuvre du processus d’harmonisation de l’enseignement supérieur permettra demain l’équivalence des diplômes au niveau international. La conséquence directe sera à nouveau le départ à l’étranger de nombreux diplômés, mais cette fois pour y travailler.
À bien des égards, cette perspective est réjouissante pour les étudiants. L’expérience individuelle d’autres cultures, d’autres apprentissages et d’autres langues ne peut qu’être favorable à l’épanouissement de chacun d’entre nous dans ses études. D’autre part, le fait d’accueillir chaque année sur notre campus un grand nombre d’étudiants étrangers constitue pour l’Université une valeur ajoutée, incitant le partage et la tolérance. Par ailleurs, la valorisation des diplômes au-delà des frontières agrandira considérablement le champ des possibilités s’offrant aux futurs diplômés.
Cependant, cette internationalisation encore naissante suscite chez nous certaines craintes. Si elle est intéressante à plusieurs points de vue, il ne faudrait pas voir ses bienfaits réservés à certains étudiants plus aisés que d’autres. Les fruits de cette mise en commun doivent être partagés par le plus grand nombre, sans quoi il ne serait qu’une forme d’élitisme dangereux. En somme, nous appelons de nos vœux un enseignement internationalisé, certes, mais accessible à tous.
Un autre risque réside en la disparition progressive des différences culturelles entre les pays, aboutissant à une uniformisation des savoirs. Car l’avènement de cursus standardisés amènera inévitablement la question suivante : sur quelles normes réglera t-on les futurs programmes ? Il s’agit là d’un point crucial, et l’hypothèse d’une formation utilitaire au détriment d’un apprentissage critique et spécifique aux différentes universités nous paraît inacceptable. Nous souhaitons que les dissemblances se conjuguent afin d’apporter à chacun un enrichissement maximal et éclectique, et rejetons l’idée d’une forme de pensée unique forcément réductrice. Les études internationales de demain devront donc être pluralistes, sans quoi l’objectif serait manqué.
Plus que jamais, ces enjeux préoccupants pour les étudiants retiendront toute notre attention et seront au centre de nos réflexions.Thomas Lesuisse
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Si le processus d’harmonisation de l’enseignement permet aux diplômes de différents pays d’être reconnus internationalement et participe ainsi à la réalisation de l’Union Européenne, il met aussi en concurrence les institutions universitaires des pays signataires. Cette nouvelle donne met en avant une série de défis pour l’enseignement supérieur en Communauté française. Il devient en effet primordial que nos diplômes soient compétitifs sur le marché européen de l’emploi.
Pour pouvoir assurer un avenir à nos diplômés dans ce grand espace européen, nous, acteurs de l’enseignement supérieur, devons tout mettre en œuvre pour leur garantir la meilleure formation possible. Il nous semble que cet objectif ne peut être atteint qu’en améliorant l’encadrement pédagogique dont bénéficient les étudiants mais aussi en leur donnant accès aux nouvelles technologies et à des infrastructures modernes et performantes.
Au-delà de ces questions touchant particulièrement les étudiants, nous accordons aussi une grande importance au développement de la recherche dont les avancées, que ce soit au niveau médical, environnemental ou de la vie quotidienne, nous semblent concerner l’ensemble de la population européenne, sinon mondiale. Sur ce point, nous ne pouvons ignorer les difficultés que connaissent les jeunes chercheurs pour trouver leur place dans notre société. La fuite des cerveaux est hélas une réalité et déforce, à notre sens, le projet européen qui se construit.
Pour faire face à ces enjeux, pour garantir la compétitivité de notre enseignement tout en préservant sa diversité, différentes solutions peuvent être envisagées, mais ayant toutes en commun la nécessité d’un financement à la hauteur des ambitions que nous nous fixons.
Nous savons pertinemment que la conception de l’enseignement actuellement dominante tend souvent à considérer les étudiants comme devant participer plus activement au financement de l’enseignement auquel ils ont accès. Cette perspective ne peut cependant nous agréer. D’une part, elle réduit inévitablement la liberté d’accès à l’enseignement alors qu’il nous semble que nous devons chercher à permettre à chacun de faire ses preuves indépendamment de ses origines sociales et culturelles. D’autre part, cette voie remet en cause les particularités culturelles européennes, particulièrement les piliers d’égalité sur lesquels est basée notre société. Nous pensons que l’Europe doit se construire, mais qu’elle doit se construire en osant affirmer son identité propre.
Une autre possibilité consiste dans une plus grande intervention des acteurs économiques au sein de l’enseignement. Si elle est parfois nécessaire, cette forme de financement nous semble devoir être utilisée prudemment afin d’assurer le respect des principes fondamentaux de l’université que sont la liberté académique et de recherche, l’enseignement de disciplines dont la rentabilité n’est pas immédiatement perceptible ou encore la formation de citoyens critiques aptes à appréhender la société dans son ensemble. Bref, ces relations doivent avoir lieu, comme le disait notre nouveau recteur il y a quelques minutes, en préservant la spécificité et la dignité des deux parties.
Ainsi nous considérons devoir défendre, et si possible améliorer, le subventionnement public de notre enseignement. Nous savons que ces choix ne sont pas toujours faciles, particulièrement dans le système institutionnel belge. Mais nous pensons que, face aux nouveaux défis de compétitivité et d’employabilité posés par l’harmonisation européenne de l’enseignement, il est plus que jamais nécessaire de s’engager résolument dans cette voie pour assurer à nos futurs diplômés une formation diversifiée et de qualité.
Jérôme Leboutte
Président de la Fédé
Photos © ULg - Tilt Houet
Université de Liège
Septembre 2005 - Cellule Internet