Anniversaire de la fusillade de Liège


Anniversaire de la fusillade de Liège

10/12/2012

Adélaïde Blavier, chargée de cours, et ses collègues du Centre d’Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie Légale de l’ULg, ont mené une enquête via internet afin d’étudier les conséquences psychologiques de la fusillade de la Place Saint-Lambert à Liège le 13 décembre 2011. Le recueil des données a été réalisé en avril 2012. 260 personnes ont répondu au questionnaire construit notamment à partir d’une échelle d’évaluation quantitative et qualitative du traumatisme psychologique (TraumaQ) afin d’identifier les sphères les plus touchées.
 
Des résultats, il ressort principalement que toutes les personnes qui ont répondu au questionnaire ont été marquées par l’événement, hommes ou femmes, présents ou non sur la place Saint-Lambert au moment de l’événement. Ces résultats généraux montrent ainsi que l’ensemble de la population qui a répondu à l’enquête s’est senti concerné de près par cet événement qui s’est déroulé au cœur de la ville, lieu de passage très fréquenté. Des analyses plus détaillées montrent cependant que l’impact à moyen terme de l’événement est différent selon le genre et selon la présence ou non sur le lieu lors de l’événement.
 
Ainsi, l’enquête montre que les femmes ont été plus touchées par l’événement et qu’elles ont développé des séquelles psychologiques plus importantes que les hommes. Au moment de l’événement, les femmes rapportent un plus grand sentiment de frayeur et d’angoisse, des manifestations physiques plus importantes (tremblements, augmentation de la tension, du rythme cardiaque) et une plus grande conviction qu’elles allaient mourir et/ou assister à un événement insoutenable. Quatre mois après l’événement, les femmes souffrent plus que les hommes de troubles du sommeil (particulièrement des réveils nocturnes mais aussi des difficultés d’endormissement, des cauchemars, etc.), d’anxiété, d’insécurité et de crainte de retourner sur les lieux de l’événement. Les femmes se sentent plus anxieuses et tendues que les hommes, particulièrement lorsqu’elles repensent à l’événement. Lorsqu’elles y repensent, elles observent des réactions physiques plus importantes que les hommes. Elles présentent plus de comportement d’évitement (elles craignent plus que les hommes de se rendre Place Saint-Lambert, elles évitent plus les lieux, situations ou spectacles - TV, cinéma - qui évoquent l’événement). Elles se montrent aussi plus méfiantes qu’auparavant et cela plus que les hommes : elles sont ainsi plus vigilantes, plus attentives aux bruits qu’auparavant. Elles éprouvent plus de difficultés à se maîtriser et ont davantage tendance à fuir les situations qui leur semblent insupportables. Les hommes se sentent, par contre, plus responsables de la manière dont les événements se sont déroulés ou de la manière dont ils ont réagi.
 
Depuis l’événement, les personnes présentes sur les lieux connaissent plus de troubles du sommeil (difficultés d’endormissement et réveils nocturnes). Elles sont également sujettes à plus de crises d’angoisses et une plus grande irritabilité. Sur le plan physique, elles constatent des variations de leur poids plus importantes, une plus grande détérioration de leur état physique général et une consommation de substances accrue (café, cigarettes, alcool, médicaments, nourriture, etc.). Sur le plan cognitif, les personnes présentes sur les lieux éprouvent plus de difficultés à se concentrer et plus de troubles de mémoire qu’auparavant. Des symptômes dépressifs sont également plus présents chez ces personnes : manque d’enthousiasme, anhédonie (perte d’intérêt et de plaisir), lassitude, fatigue, épuisement, humeur tristes, crises de larme, avenir terni, un sentiment d’abandon et une tendance à l’isolement social et au refus de contact social, notamment rupture de relations avec certains proches. Enfin, les personnes qui étaient présentes sur les lieux ont l’impression d’avoir changé et que leur personnalité a été modifiée.
 
Toutefois, Adélaïde Blavier insiste : « Il faut noter que les scores généraux aux échelles de traumatisme psychologique restent faibles et que la plupart des personnes qui ont répondu au questionnaire ne présentent pas de score alarmant (le score est plutôt modéré voire faible pour la plupart des personnes présentes place Saint-Lambert). Mais il existe une grande disparité dans les réponses des personnes présentes sur les lieux de l’événement, et certaines présentant des scores élevés qui mettent en évidence des séquelles psycho-médico-sociales parfois importantes. »
 
Une enquête de suivi similaire sera menée par l’équipe du Centre d'Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie Légale de l’ULg dans les semaines qui suivront la commémoration du premier anniversaire de la fusillade.

Contact :

Adéläide Blavier, chargée de cours Centre d'Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie Légale Université de Liège 04 366 31 77 – 0498 51 61 96 adelaide.blavier@ulg.ac.be

Presse-Communication ULg 04 366 52 17-52 11 – 0494 57 25 30 press@ulg.ac.be



4 février 2013 - 07:24 - URL: http://www.ulg.ac.be/cms/c_2632734/anniversaire-de-la-fusillade-de-liege
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