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08/09/2006
Il y a un an, en Grande-Bretagne, une jeune femme de 23 ans a subi de graves lésions au cerveau après un accident de voiture. Paralysée, elle présentait tous les critères qui permettaient de la diagnostiquer en état végétatif.
Utilisant un scanner à résonance magnétique fonctionnelle, les chercheurs ont cartographié l’activité cérébrale de cette patiente alors qu’il lui était demandé oralement de s’imaginer jouer au tennis ou se balader dans sa maison. A leur grande surprise, ils ont constaté qu’elle était capable de le faire, activant des aires de son cerveau identiques à celles activées par des volontaires sains auxquels les mêmes tâches sont demandées.
Ces résultats démontrent que, malgré le diagnostic d’état végétatif, cette patiente a conservé la capacité de comprendre des instructions orales et d’y répondre par son activité cérébrale, à défaut de paroles ou de gestes. La décision de cette patiente de coopérer avec les chercheurs en imaginant réaliser les tâches lorsqu’elles lui étaient demandées, marque une intention très claire de sa part, qui confirme sans aucun doute possible qu’elle était consciente d’elle-même et de son entourage.
Dans un premier temps, les chercheurs avaient utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour mesurer les réponses neurales de la patiente à l’énoncé de certaines phrases simples. Ces tests avaient montré qu’elle reconnaissait la parole. Ensuite, des réponses neurales plus significatives ont été observées à l’énoncé de phrases plus complexes contenant des mots ambigus, suggérant que le cerveau de cette patiente comprenait la signification des phrases.
Cependant on ne pouvait déduire avec certitude de ces tests que la patiente était « cérébralement » consciente. C’est une préoccupation depuis plusieurs années des équipes scientifiques de Cambridge et de Liège de définir des tâches qui puissent lever tout doute sur un état de conscience ou non chez certains patients. Après avoir analysé l’activité cérébrale de dizaines de volontaires sains auxquels les deux tâches (jouer au tennis et se balader dans sa maison) étaient proposées, ils ont pu établir que, pour chacune de ces tâches, les mêmes aires cérébrales étaient systématiquement activées. En observant que chez la patiente en état végétatif, l’énoncé des mêmes tâches aboutissait à la même réponse neurale que chez les volontaires sains, les chercheurs belgo-britanniques apportaient la preuve indiscutable de la conscience de son cerveau.
Il s’agit là de découvertes très prometteuses. En effet, la technique pourrait permettre d’identifier plus aisément les patients ayant un certain niveau de conscience, malgré un état végétatif diagnostiqué. A l’avenir, d’autres travaux tenteront de savoir si cette technique peut être utilisé plus largement chez ces patients et si cette découverte peut conduire à une manière de communiquer avec des patients qui peuvent être conscients mais incapables de bouger ou parler.
Source : “Detecting Awareness in the Vegetative State”, Adrian M. Owen, Martin R. Coleman, Matthew H. Davis, John D. Pickard (Université de Cambridge), Steven Laureys, Mélanie Boly (Centre de Recherches du Cyclotron, Université de Liège), Science, 08/09/2006, vol. 313, p.1402
Contact :
Steven Laureys, Chercheur qualifié FNRS, Centre de Recherches du Cyclotron, Université de Liège, tél. +32 (0)4 366 36 87 ou 23 04 – Steven.Laureys@ulg.ac.be