Témoignages


  Solène

 

   
 

Je m'appelle Solène, j'ai 26 ans et je souffre d'acouphènes. J'entends en permanence des sifflements tantôt aigus tantôt graves. Il n'y a pas eu un évènement déclenchant. Je ne peux pas dire « c'est à cause de ce groupe ou de cette discothèque que j'ai des acouphènes ». Ils se sont installés petit à petit à cause d'excès répétitifs.

Mon premier acouphène est apparu quand j'avais 16 ans. Mon copain de l'époque jouait dans « un groupe ». Leur musique (si on peut appeler ça de la musique) sonnait fort. A la fin d'une de leur répétition, lorsque « le bruit » s'est arrêté, j'ai senti mes oreilles lourdes, bourdonnantes et cotonneuses. Toute la soirée j'ai entendu ce bourdonnement mais le lendemain matin il avait disparu.

Quelques mois plus tard, après un concert, j'ai ressenti un sifflement beaucoup plus aigu. A ce moment-là, je me suis inquiétée car je n'ai pas réussi à m'endormir. Ma mère m'a alors obligée à me rendre chez le médecin qui m'a simplement dit de revenir dans deux jours si ça ne passait pas. Dans la journée, les sifflements se sont atténués. Je ne pense pas qu'ils aient totalement disparu mais ils ne m'ont plus dérangée et je ne m'en suis plus préoccupé. En bref, j'ai donc vécu de 16 à 23 ans avec des acouphènes qui allaient et venaient au fil des soirées bruyantes et des festivités musicales. J'ai appris à vivre avec eux. A partir de 23 ans les acouphènes sont devenus de plus en plus gênants jusqu'au jour ils m'ont empêchée de dormir pendant trois nuits entières.

J'ai pris contact avec un ORL qui m'a envoyée à l'hôpital faire des examens et m'a prescrit des médicaments. L'audiogramme a révélé que j'avais une baisse d'audition dans les aigus. Pour la première fois, j'ai pleuré à cause des acouphènes. Les sifflements étaient tellement intenses que je ne voyais pas d'issue. C'était impossible de vivre comme ça ; j'avais une bouilloire dans la tête. Je pense que le médecin a compris mon désarroi et ma souffrance puisqu'il m'a hospitalisée pendant quatre jours avec un traitement sous perfusion. Après ces quatre jours les sifflements sont devenus tolérables bien que toujours très intenses.

Voici maintenant deux ans que j'ai du me résigner à vivre normalement. Il a donc fallu attendre que mon audition soit totalement bousillée pour que je réagisse. Jusque là, j'avais minimisé le problème mais à présent ma vie sociale s'est fortement détériorée. Les acouphènes provoquent des troubles du sommeil. Je me sens fatiguée en permanence donc je n'ai pas envie de voir mes amis ce qui m'amène peu à peu à m'isoler. J'évite dorénavant les endroits trop bruyants histoire de ne pas aggraver ma situation.

Le médecin m'a dit que notre personnalité joue un rôle essentiel dans le développement et l'accommodation aux acouphènes. Les personnes de nature angoissée ont beaucoup plus de difficultés à vivre avec des acouphènes tandis que ceux qui parviennent à prendre du recul, à mettre leur mal au second plan garde une bonne qualité de vie. Dans mon cas, je pense que j'ai pris un peu trop «de recul » et cela a contribué à aggraver ma situation.

Aujourd'hui, j'ai entrepris une TRT (Tinnitus Retraining Therapy). Elle consiste à porter des GBB (Générateurs de Bruits Blancs) et à ne pas se protéger des bruits normaux. J'ai beaucoup d'espoir dans ce nouveau traitement.

 
   

David

 

   
 Il y a deux ans, j'ai subi un traumatisme sonore lors d'un concert au festival de Werchter.Grand habitué des évènements musicaux, je ne me suis jamais inquiété de l'effet de la musique amplifiée sur mon audition.

Pendant le festival à Werchter, je ne me suis rendu compte de rien. Je participais avec ardeur à tous les concerts. Je donnais de la voix, je bougeais, je dansais, je sautais, je tapais des mains. Bref, je m'éclatais avec mes potes. Dès le premier soir, je n'avais plus de voix, j'avais également les oreilles qui bourdonnaient, l'impression d'avoir du coton dans les oreilles mais ça ne m'a absolument pas tracassé ; ce n'étais pas la première fois que j'avais cette sensation et je pense que tout le monde a déjà eu ça. Le lendemain, les bourdonnements étaient toujours présents mais cela ne m'a pas empêché de retourner dans la foule et d'applaudir les différents groupes qui se produisaient sur scène. Le lundi matin quand l'euphorie du week-end retomba, je senti que quelque chose ne tournait pas rond. J'avais un mal de tête épouvantable mais surtout tous les sons me semblaient amplifiés. Les voix de mes potes étaient beaucoup trop fortes.

Quelques jours plus tard, ne voyant pas d'amélioration, je me suis rendu chez un ORL. Le verdict est tombé... je souffre d'une hyperacousie. J'ai senti le monde s'écrouler lorsqu'il m'a dit que ça ne se guérissait pas au contraire ça ne peut que empirer.  Maintenant c'est l'horreur...Je suis devenu hypersensible à des bruits auxquels je ne prêtais aucune attention. Le bruit des freins d'un bus est insupportable,  le bruit de couverts, une porte qui grince, un éclat de rire...

Dans mon malheur, j'ai de la chance : je n'ai pas une hyperacousie sévère. Avec des bouchons je peux encore continuer à mener une vie plus ou moins normale. Les bouchons permettent d'atténuer les sons à hautes fréquences : ceux auxquels je suis le plus sensible.

Au niveau social,  j'ai la chance d'avoir des amis compréhensifs. On va plutôt boire un verre dans des endroits peu bruyants, plutôt ambiance feutrée que café du carré. Mais, c'est évident que je ne peux plus faire ce que j'aimais le plus au monde : traîner dans le milieu de la musique. Fini les salles de concert et les festivals. Fini les soirées, fini les guindailles. Fini le cinéma. Dans tous ces lieux, les sons sont beaucoup trop puissants.

Avec le recul, je pense que j'aurais dû faire attention à mes oreilles bien avant ce fameux concert à Werchter. D'ailleurs, je suis le seul a avoir eu des séquelles dans notre groupe de six amis. On nous sensibilise sans arrêt sur les dangers de la drogue, du tabac, des MST mais jamais sur les dangers du bruit.

Quand on sait qu'il n'y a ni traitement ni amélioration possible...ça vaut le coup de faire attention.

 
   


4 février 2013 - 04:02 - URL: http://www.ulg.ac.be/cms/c_193924/temoignages
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