Séance de Rentrée académique 2008 : discours de Romain Gaudron, Président de la Fédération étudiante de l’ULg

Du rôle de l’Université dans la composante sociale du développement durable



Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

La Fédération des étudiants ne peut que se réjouir que son Université ait souhaité mettre à l’honneur une cause aussi fondamentale que le développement durable. Il est indispensable d’appréhender ce concept dans sa globalité, de saisir l’importance de chacune de ses composantes : l’économie, l’environnement et le social. L’Université est via ses projets de recherche à la pointe des développements en matière économique et environnementale. Mais l’Université se doit également d’être un lieu de rencontre par excellence : un lieu de rencontre entre les générations, un lieu de rencontre entre les cultures, un lieu de rencontre entre les idées, et par-là elle se doit d’être un modèle du développement social sans lequel le développement durable ne restera qu’une utopie.

PM122Permettre aux gens de se rencontrer, c’est d’abord leur permettre de se retrouver physiquement dans un même lieu. Aussi stupide que cet énoncé puisse paraître, il n’en reste pas moins difficile à réaliser. L’accès à l’Université pour tous est pour nous une priorité, tout comme l’accès pour chaque étudiant à des expériences internationales et interculturelles. Je parle bien d’accès et non de droit, car à quoi un droit peut-il bien servir lorsque l’on n’a pas les moyens de l’appliquer ?

Je suis persuadé, aujourd’hui, de m’adresser à un public convaincu de cela, et suis également conscient que personne dans cet amphithéâtre n’a le pouvoir de résoudre tous les problèmes du monde par sa seule bienveillance. Mais je suis convaincu, par contre, qu’une action au quotidien est possible à l’intérieur même de notre institution pour s’approcher de cet objectif. Il faut bien sûr empêcher que l’aspect financier soit un obstacle à la poursuite des études, mais ce n’est pas la seule chose à faire.

Il faut également permettre à ceux n’ayant pu bénéficier d’une formation préalable suffisante de prouver leur valeur et leur désir d’apprendre, et ce même si ces carences ne sont pas de notre responsabilité. Il faut permettre à chacun de trouver sa place dans cette micro-société qu’est l’Université, quel que soit son parcours antérieur. L’Université de Liège, si elle ne peut pas réformer la société belge, a le pouvoir d’agir concrètement sur le quotidien de milliers d’étudiants, et de faire ainsi un pas important vers l’accès pour tous à la connaissance.

Pour remplir correctement sa fonction de développement social, l’Université se doit donc d’être accessible à tous, mais elle doit également s’efforcer de fuir une logique purement utilitariste et fonctionnelle. L’Université est, c’est vrai, un pôle de recherche et le lieu où l’on obtient des compétences et un diplôme indispensables pour accéder à certaines professions. Mais cette description n’est-elle pas terriblement réductrice ?

Le bénéfice retiré par un étudiant de ses cinq ans à l’Université est avant tout humain. En dehors des compétences et des connaissances, c’est là que se forment l’esprit d’ouverture, l’esprit critique, la soif de connaissance et le plaisir d’apprendre. Le développement de ces qualités ne s’acquiert pas automatiquement et le sujet mérite un effort de tous les instants.

PM119Je pourrais vous dire que c’est le rôle des professeurs de diffuser ces valeurs et vous me répondriez avec tout autant d’évidence que c’est à l’étudiant de venir les chercher et de se les approprier. Gageons que les deux sont nécessaires, et passons directement à l’étape suivante. Vous ne me croirez peut-être pas, mais j’ai envie de vous dire, aujourd’hui, que chez les étudiants l’envie est supérieure aux opportunités.

De manière pratique, que diriez-vous d’offrir aux étudiants des espaces, de simples espaces de rencontre ou de vie à l’intérieur de nos murs, plutôt que de les mettre dehors dès les cours terminés ?

Que diriez-vous encore de bibliothèques confortables, calmes et chauffées dans lesquelles il soit possible de travailler, voire, rêvons un peu, d’emprunter des livres ?

Que diriez-vous de cours où le professeur titulaire inviterait régulièrement des spécialistes, professeurs ou chercheurs, afin de proposer à ses étudiants un point de vue différent, voire contradictoire sur la matière et ouvrir ainsi à la réflexion ?

Que diriez-vous d’organiser des examens qui permettent de voir à quel point l’étudiant a compris la matière ?

Dans les facultés qui se voient pour la première fois imposer l’organisation d’un mémoire, que diriez-vous de le faire de manière à permettre à l’étudiant de s’épanouir dans un domaine qui le stimule intellectuellement, plutôt que de limiter le choix des sujets en fonction des envies de promoteurs qui comptent leurs heures ?

Vous admettrez que toutes ces petites choses ne sont pas des révolutions, qu’elles sont de votre ressort et qu’aucun acteur extérieur n’est en cause. Ces mesures permettraient que cette Université soit un endroit où il fait bon vivre, où il fait bon apprendre et où il fait bon se rencontrer. Elles vont dans le sens d’une Université au sein de laquelle on s’épanouit, tant socialement qu’intellectuellement.

Si vous pensez que cela n’a que peu de lien avec le développement durable, je vous dirai simplement ceci : votre influence sur le développement durable, vous, professeurs et responsables de cette Université, est considérable. Aucune relation, aucune action n’exprime plus ce qu’est le développement durable que ce lien entre vous et vos étudiants.

N’est-ce pas un parfait exemple de développement durable que de vouloir promouvoir une Université de la connaissance et de la réflexion plutôt qu’une Université de la réussite et de l’ « employabilité » ?

Je suis persuadé que nous partageons ces objectifs et ensemble, avec vous, avec les 17.000 étudiants, nous pouvons et voulons œuvrer à leur réalisation.
Print version Page updated on 05/02/2009