Carnets du Patrimoine - La Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège

Au sein de l’Embarcadère du Savoir, à quelques pas de l’Institut de Zoologie, une ancienne usine attend le visiteur curieux de technologies et d’industries : la Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège.

Ses bâtiments témoignent de l'intense activité industrielle du Longdoz. En 1846, les frères Dothée y construisent leur usine de laminage du fer, puis de sa  transformation en fer-blanc. L’édifice en briques et pierres bleues comporte deux étages et cinq travées, avec des fenêtres à arc en plein cintre. Rapidement, des agrandissements sont nécessaires pour installer de nouveaux équipements de plus en plus volumineux et pondéreux, mus par des machines à vapeur. L’usine se développe alors horizontalement, avec de vastes halls surmontés de toitures en sheds, partiellement vitrées pour laisser entrer la lumière naturelle si précieuse avant l’avènement de l’électricité. Ils couvrent bientôt tout le quartier que la gare du Longdoz dessert depuis 1851. En 1862, l'usine Dothée est absorbée par la Société des Charbonnages et Hauts-Fourneaux de l'Espérance de Seraing, qui deviendra la SA Métallurgique d’Espérance-Longdoz, le plus important producteur belge de tôles fines. Le record de production de tôles y est atteint en 1948 avec 142 000 tonnes.  Mais, enserrée dans la ville, l'usine ne peut accueillir d'indispensables investissements. Dès 1957, on y arrête le laminage à chaud pour ne conserver que des activités de finition, de décapage et d'emballage.  En 1969-1970, c'est la fusion d'Espérance-Longdoz avec Cockerill qui y maintiendra une activité jusqu'à la fin des années 1980. Aujourd'hui, seuls les bâtiments abritant le musée subsistent. La Médiacité, complexe de loisirs et de commerce dédié à l'audio-visuel, couvrira bientôt les espaces assainis.
   
Depuis 1963 déjà, le site est consacré à la culture technique et industrielle. En effet, l'année même où elle inaugurait Chertal, l'entreprise Espérance-Longdoz ouvrait son Musée du Fer. En 1971, après la fusion des sociétés sidérurgiques liégeoises, le patrimoine du musée devient la propriété de la SA Cockerill. Le fonds du musée s'enrichit d'archives, objets et outils de l'entreprise.  En 1973, le musée devient un centre d'archéologie industrielle intitulé « Musée du Fer et du Charbon » asbl.

HautFourneauEn 1976, dans le contexte de la crise sidérurgique internationale, Cockerill fait don du musée à la Ville de Liège qui en confie la gestion au Musée de la Vie Wallonne. En 1989, la Ville, obligée de prendre à son tour des mesures de rationalisation draconiennes en envisage la fermeture définitive. C’est alors qu’intervient l’Université de Liège, mobilisée par son Centre d’Histoire des Sciences et des Techniques. Avec la Ville de Liège et le Musée de la Vie Wallonne, soutenue par Cockerill Sambre et la Vieille-Montagne, elle a alors défini un nouveau projet, qui n'a cessé de se développer depuis. Le 15 février 1990, l'asbl Maison de la Métallurgie est fondée, renommée en 1992 « Maison de la Métallurgie et de l'Industrie de Liège ».

Le cœur du projet, c’est la culture technique et industrielle, qui articule valorisation du patrimoine et diffusion des connaissances. Dans les dix salles permanentes consacrées à la métallurgie, aux énergies motrices et à l’informatique, tout comme dans les nombreuses expositions temporaires, l’histoire et la technique dialoguent et proposent une réflexion sur la société d’hier, d’aujourd’hui et de demain.  Les collections du musée, enrichies par l'Université, comptent beaucoup de pièces qui relèvent du patrimoine majeur de notre communauté et qui font référence dans le domaine de la technologie.

C’est le cas du haut-fourneau de Gonrieux-lez-Couvin, daté de 1693, le plus ancien du pays, accompagné de machines, telles le marteau hydraulique (maka) de Bomerée (1700) ou le laminoir de Matton (1816). Ils sont réunis dans la grosse forge à la wallonne qui présente notre sidérurgie proto-industrielle, au temps du minerai local et du charbon de bois.

<<<  Haut-fourneau de Gonrieux-lez-Couvin

 

MachineVapeur
Machine à vapeur d'Ambresin

dynamoLa colossale machine à vapeur de 1840 provenant de la sucrerie d’Ambresin, où elle a fonctionné des années 1880 aux années 1960, est un autre exemple. Cette machine à cylindre vertical, du modèle « à balancier », développant 120 chevaux, est une des références européennes pour cette technologie caractéristique de la première révolution industrielle.

Le prototype de la dynamo tétrapolaire de Zénobe Gramme est un autre incontournable. C’est la plus ancienne machine conservée produite par l’illustre génie liégeois.
Présentée à l’Académie des Sciences de Paris en 1871, elle marque le point de départ de la révolution électrique, un des grands jalons de la deuxième révolution industrielle.

>>> Dynamo tétrapolaire de Zénobe Gramme

 


tabulatriceLa tabulatrice d’Hermann Hollerith (1889) fait incontestablement partie de cette revue de « saintes reliques » technologiques. Conçue pour automatiser le recensement de la population américaine à l’aide de cartes perforées, cette machine est à la base de l’informatique. Il en reste trois exemplaires dans le monde. 

<<< Tabulatrice d'Hermann Hollerith


Vedettes ou vestiges plus modestes, tous ces objets montrent la technique et l’industrie en perpétuelle mutation et s’inscrivent dans notre histoire collective et dans notre culture.

 



Pascal Lefèbvre

 

<<< L'Aquarium-Muséum | L'Institut électrotechnique Montefiore >>>

Print version Page updated on 2009-01-27