| Chercheurs étrangers accueillis à l'ULg: Tatiana DEMINA, Mariné ORTIZ et Daniel CHAVARRIA BOLAÑOS | Tweeter |
07/02/2012 Université de Liège

Une fois n'est pas coutume, le portrait sera collectif.
Tatiana, Mariné et Daniel sont des doctorants sélectionnés dans le cadre du programme de séjour doctoral à l'ULg.
Ci-dessous, quelques extraits d'un échange à bâtons rompus autour de la table de la "cantine" du CEntre Interfacultaire des Biomatériaux (CEIB). Ce centre interdisciplinaire développe des recherches sur les biomatériaux destinés aux applications médicales, en particulier chirurgicales (remplacement de valves du cœur, de têtes de hanche, chirurgie dentaire) et pharmaceutiques (délivrance de produits médicamenteux)...
En automne, trois jeunes chercheurs sont venus pour trois mois rejoindre l'équipe, composée de Lucas Flebus, doctorant FRIA qui étudie des polymères hémocompatibles, de Benjamin Abraham, Michael Counson et Jennifer Vervecken, étudiants de la Haute Ecole de la Ville de Liège, effectuant un TFE en chimie consacrés à l'optimisation de nouveaux polymères (fluorescents, biodégradables) et de Chantal Sevrin et Cindy Kottgen, deux chercheuses engagées sur la convention Interreg BioMiMedics.
Tatiana réalise une thèse de doctorat en chimie à l'Institut Enikolopove de l'Académie des Sciences de Moscou, au département des matériaux polymères synthétiques. Daniel et Mariné sont dentistes et font une thèse à l'Université de San Luis Postosi au Mexique, en co-tutelle avec l'ULg. Ils sont arrivés au CEIB en même temps, ce qui n'a pas facilité la tâche d'accueil de l'équipe de Christian Grandfils. Mais l'hospitalité liégeoise étant légendaire, visiblement l'intégration tant au niveau personnel que scientifique a été vite réussie.
Une perspective importante de l'utilisation des biomatériaux repose sur l'ingénierie tissulaire, aide à la reconstruction de tissus mais aussi d'organes complexes. Ainsi, on peut combiner la reproduction de nouvelles cellules (souches) à des "moules" biodégradables pour faciliter la reconstruction de structures biologiques, comme une trachée par exemple. Cette nouvelle approche offre l'avantage de ne pas devoir recourir à des greffes hétérologues ou à des matériaux non dégradables qui posent notamment un problème de biocompatibilité à moyen ou long terme. Les recherches du centre ont montré que les microparticules biocompatibles et biodégradables ("microporteurs") peuvent stimuler la prolifération des tissus natifs tout en limitant des processus inflammatoires.
Les recherches de Tatiana portent sur l'optimisation de ces nouveaux substrats synthétiques à base de biopolymères biodégradables. Dans une première étape, ceux-ci ont été synthétisés par un nouveau procédé mis au point dans son institution d'origine. A Liège, Tatiana a procédé à la seconde étape, à savoir leur mise en œuvre pour optimiser leur surface afin que ces microporteurs constituent de bons substrats. A son retour à Moscou, elle procédera à la troisième phase : le testing in vitro, en y faisant "pousser" des cellules. C'est important de voir comment elles réagissent et de vérifier que le matériau final est biocompatible, un facteur évidemment essentiel pour leur application potentielle dans le corps humain. De manière tout à fait fortuite, des observations réalisées durant le séjour de Tatiana ont mis en lumière que ces nouveaux polymères pourraient avoir aussi un avenir prometteur dans un tout autre domaine en remplaçant des polymères aujourd'hui d'origine pétrolière et donc, on le sait, destinés à se raréfier.
Mariné travaille comme Tatiana sur l'ingénierie tissulaire, mais en faisant usage de matériaux différents optimisés au CEIB dans le cadre d'une convention Région Wallonne (Figelcel). Comme dentiste, issue d'un service clinique reconnu pour la maîtrise de cellules souches en reconstruction osseuse, elle étudie la biocompatibilité et adhésion in vitro de cellules souches à ces nouveaux "échafaudages". Au travers des discussions, il s'est avéré que les polymères apportés par Tatiana pourraient constituer d'excellents motifs d'ancrage cellulaires. Une collaboration triangulaire Liège, Moscou, San Luis est ainsi maintenant établie ! La recherche de Daniel porte, elle, sur la combinaison de deux substances médicamenteuses très différentes pour une application clinique en chirurgie dentaire. Pour assurer la délivrance contrôlée et prolongée de ces produits, Daniel souhaite développer un "véhicule" qui puisse compatibiliser "l'eau et l'huile". Le séjour de Daniel à Liège lui a permis d'acquérir une expérience pratique pointue de laboratoire, en préparation et caractérisation des échantillons. Avant de venir à Liège, il avait recours aux biomatériaux, sans en maîtriser la conception. En deux mois de séjour, il a identifié un procédé à la fois simple et robuste qui permet de combiner ces deux principes actifs. Il lui reste maintenant à évaluer la stabilité de ces médicaments et à analyser leur vitesse de libération. Retourné au pays, il va pouvoir procéder à ces essais d'abord in vitro puis in vivo.
A la question de savoir ce qu'ils pensent de leur expérience liégeoise, ces jeunes chercheurs disent avoir apprécié le caractère pluridisciplinaire et pluriculturel de l'environnement de recherche dans lequel ils ont été plongés pendant ces quelques mois. Cela leur a apporté en particulier des regards croisés sur des pratiques, des thèmes et des applications; en découlent de nouvelles idées et un nouvel élan pour leur thèse. Cette atmosphère de travail fut aussi très stimulante pour les chercheurs liégeois qui les ont côtoyés, incités à parler au quotidien en anglais et à découvrir les cultures sud-américaine et russe.
L'appui financier de l'ULg pour ce séjour leur est extrêmement précieux. Il en découle des relations durables entre équipes étrangères travaillant dans des domaines complémentaires.