| Carnets du Patrimoine - Le château de Colonster | ![]() |
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Le château de Colonster se dresse sur un promontoire rocheux dominant la vallée de l'Ourthe. Sa genèse remonte au Moyen Âge. En 1512, la seigneurie dont il est le foyer est acquise par Éverard de la Marck d'Arenberg. Le frère du « Sanglier des Ardennes » ne la possède pas longtemps : douze ans plus tard, elle passe entre les mains de son gendre, Conrad de Horion. D'importantes transformations sont dès lors apportées au noyau originel, comme l'adjonction d'une aile flanquée de deux tours cornières. Au cours du XVIIe siècle, le château adopte l'aspect que nous livre le dessin de l'artiste Remacle Le Loup peu avant 1743 : un quadrilatère garni de tours, constitué du corps de logis tourné vers la rivière et prolongé à l'ouest d'une cour délimitée par trois bâtiments.
Les travaux entrepris au milieu du XVIIIe siècle confèrent à l'ancienne maison-forte une physionomie qui s'imposera jusqu'à l'incendie du 2 décembre 1966 : un château de plaisance compatible avec le mode de vie du Siècle des Lumières. Maximilien-Henri-Hyacinthe de Horion (1694-1759) s'installe à Colonster après plusieurs années passées à Paris, où il exerce la fonction d'ambassadeur. Il prend possession de son domaine au début des années 1740. Premier conseiller du prince-évêque Jean-Théodore de Bavière, grand prévôt de la cathédrale, il est puissant.
Il est aussi éclairé : son séjour parisien l'a converti aux Lumières - il soutient notamment le Journal encyclopédique. La demeure lui apparaît obsolète et son confort inapproprié eu égard aux attentes d'un « ami du genre humain ». Plus fondamentalement, le chanoine désire rehausser sa demeure du faste qui sied à ses éminentes fonctions à la cour épiscopale. Il entreprend rapidement la rénovation et, à sa mort, seize ans plus tard, le gros œuvre est achevé ou en voie de l'être. Les ailes méridionale et orientale sont reconstruites, tandis que les deux autres sont modernisées, la cour est agrandie, une nouvelle chapelle est élevée, des communs sont érigés, les jardins sont embellis et agrémentés de fontaines... Notons également qu'une grande glacière de conception élaborée est installée à environ 200 mètres au sud-ouest de la résidence. La décoration intérieure, en revanche, n'est pas terminée. Elle échoit à l'héritier et neveu d'Hyacinthe de Horion, Charles-François-Joseph (1731 - 1783). L'homme n'est pas sans titres ni revenus : il est notamment grand-maïeur de la Cité de Liège et membre du Conseil privé du prince-évêque Velbrück, dont il a épousé la nièce, par ailleurs sa cousine. Il ne peut néanmoins venir à bout de sa tâche. Ses prodigalités le ruinent rapidement et contraindront finalement les Horion à renoncer à un domaine qui relève de leur patrimoine depuis plus de deux siècles et demi.
De nombreuses familles vont ensuite se succéder... Le bâtiment, quant à lui, connaîtra, jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, une existence relativement paisible, au moins en ce qui concerne son aspect extérieur. Notons cependant que les communs sont, au XIXe siècle, amputés des ailes occidentale et septentrionale et que des ouvertures sont déplacées. Le château dessine un U ponctué de deux tours cornières, il est prolongé au sud par une unique aile. La chapelle assure la jonction entre celle-ci et le corps principal.
En 1963, la famille van Zuylen, qui jouit de Colonster depuis 1920, vend le château et les 138 hectares de terrain qui l'accompagnent à l'Université de Liège. Les terres accroissent opportunément le domaine récemment acquis par l'Université en vue de son installation au Sart Tilman. Le château est destiné aux manifestations de prestige de l'Institution. Sa réaffectation nécessite des aménagements considérables bientôt sujets à controverses car ils opposent partisans du « conservons le maximum » à ceux qui militent en faveur du « résolument contemporain », alimentant ainsi la sempiternelle querelle des anciens et des modernes ! Les événements vont jouer en faveur des seconds. En décembre 1966, le château est ravagé par les flammes... L'aile nord est partiellement épargnée, les autres sont réduites à des murailles noircies, la chapelle et les communs sont, en revanche, sauvés.
La rénovation - en réalité, il s'agit plutôt d'une reconstruction - se déroule de 1967 à 1968. Elle est confiée aux architectes Henri Lacoste, membre de l'Académie royale de Belgique, et Jean Opdenberg. Au nord et à l'est, les façades retrouvent leur physionomie. Ailleurs, elles subissent des transformations notables. Au sud, c'est-à-dire du côté de l'entrée principale, la façade est réduite à six travées au lieu de sept afin de dégager le volume de la tour occidentale. L'aile ouest, celle qui donne sur le parc, est la plus remaniée. Jusqu'en 1966, elle dessinait un U renversé, autour d'une cour centrale en forme de doigt de gant.
Aujourd'hui, la façade occidentale s'étire en ligne droite entre les deux tours cornières, reléguant ainsi à l'intérieur l'espace initialement extra muros. La chapelle qui flanquait sa tour méridionale est sacrifiée sur l'autel de la symétrie et de l'épuration des volumes. Démontés pierre par pierre, ses éléments numérotés sont entreposés dans le parc et dans les communs, dans l'attente d'un remontage. Les tableaux sont conservés aux Collections artistiques de l'université en même temps que d'autres œuvres provenant du château et qui ont résisté à l'incendie.

À l'intérieur, les interventions sont considérables puisqu'il s'agit d'adapter une résidence privée à un usage public. Les architectes préconisent de creuser le noyau rocheux du sous-sol afin de rendre fonctionnel ce niveau sombre et humide. C'est par là que le visiteur entre aujourd'hui au château. Au centre du vaste hall, près de l'ancien puits, s'élève un remarquable escalier hélicoïdal qui jouit, grâce à une coupole vitrée, d'un éclairage zénithal et qui régit l'organisation interne du bâtiment. Des cuisines et une salle de restaurant, entre autres, sont aménagées à ce premier niveau.
Au premier étage (ancien rez-de-chaussée), l'espace conquis par la suppression de l'ancienne cour permet de créer une vaste salle de réception, ouverte sur le parc et qui s'étire tout au long de la façade occidentale. Les trois salons qui occupent l'aile nord, la seule épargnée par l'incendie, sont confiés au restaurateur Jacques Folville. Celui-ci a su préserver ou rétablir leur faste originel. Il s'agit du salon de Léda, de la bibliothèque et du salon vert et or, tous trois protégés par le classement en tant que monument. Les autres salons, sinistrés en 1966, sont eux renouvelés dans un souci fonctionnel.

Le Salon de Léda a les dimensions d'un boudoir (environ 4 mètres sur 2). Il est abondamment orné de peintures qui invitent à cette jouissance de la vie que le XVIIIe siècle revendique. Plafond, lambris, ébrasements de porte et de fenêtre s'animent de bouquets de fleurs, de scènes galantes, d'animaux, de rocaille. Un tableau signé Jouffroy et daté de 1763 occupe le dessus de porte. Il met en scène Léda et le Cygne dans une composition qui allie grâce et sensualité à la façon de Boucher ou de Fragonard. Des éléments décoratifs en bois sculpté et en stuc complètent le décor. L'ensemble, d'une remarquable homogénéité, constitue une réussite du style rococo.
La bibliothèque est garnie d'étagères de bois protégées par de fins grillages. Des allégories en camaïeu, placées en haut des portes, évoquent les arts : l'Architecture, la Peinture, la Musique. Deux panneaux de lambris illustrent la Littérature et la Géographie. Coquilles, rocailles, feuillages se disputent les encadrements des miroirs, peintures et cheminée.
Dans le salon vert et or, jadis le plus vaste du château, les encadrements de la cheminée et des trumeaux déclinent leurs décors végétaux en lignes souples et variées à l'instar de ceux qui animent les salons précédents. Des scènes pastorales enrichissent les dessus de portes. Le contrecœur de la monumentale cheminée est constitué de briques réfractaires aux armes de Jean-Théodore de Bavière alternant avec des bustes à l'antique, bordés de rocailles.
En 1981, les façades, toitures, tours sont classées par le gouvernement wallon en même temps que les trois salons décrits. Depuis 2001, les dépendances bénéficient également de cette protection. Leur état nécessite en effet des soins urgents.
BOUCHAT, M. , Le château de Colonster, Bulletin de la Commission royale des Monuments et des Sites, T. 9, 1980, p. 161-290.
GRAULICH, I., Le château de Colonster, COLMAN, P., GRAULICH, I., PAQUET, P., (dir.) La restauration des monuments à Liège et dans sa Province depuis 150 ans, 1986, p. 149-151.

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Contact(s) : Château de Colonster
Domaine universitaire du Sart Tilman
Allée des Erables
4000 Liège
Tél. +32 (0)4 366 30 20 - colonster@ulg.ac.be