| Johannes Kinker | Tweeter |
Né et mort près d'Amsterdam, Johannes Kinker (1764-1845) inaugure à Liège une longue tradition de chercheurs voués à l'étude de la philologie. Après des études à Weesp, il s'inscrit en médecine à l'Université d'Utrecht, tout en participant aux activités d'une Société de jeunes poètes. Il publie un premier recueil de poésies en 1786, qui lui vaut un procès pour atteinte aux bonnes mœurs. Délaissant la médecine, il opte pour le droit et obtient son diplôme utriusque juris en 1787. Exerçant au barreau de La Haye, il consacre une bonne part de son temps à la publication d'articles dans des journaux satiriques. Revenu à Amsterdam, Kinker s'adonne de plus en plus à l'écriture poétique. Il commet en outre plusieurs pièces de théâtre, dont deux drames allégoriques, Het Eeuwfest (1801) et Tafereel der jongste lotgevallen van Europa (1802), à la gloire de Napoléon, ce qui ne l'empêchera pas, plus tard, de célébrer avec lyrisme l'érection du royaume des Pays-Bas. Passionné par la lecture de Kant, il s'efforce d'en diffuser la pensée en Hollande, s'exposant à d'épiques controverses avec d'autres philosophes (Nieuhoff, Feith). Traducteur de Schiller, Kinker transpose aussi le texte des cantates de Haydn et manifeste un intérêt pour la théorie musicale, avec, notamment, des Réflexions sur la musique des Grecs. Il en vient ainsi à se pencher sur les techniques de déclamation, puis à se lancer dans l'étude de la linguistique, avec pour intention de formuler une véritable théorie philosophique du langage. De 1815 à 1817, il livre avec passion ses idéaux politiques dans son journal De Herhaauwer (le Ruminant). Cela lui vaut l'estime de Guillaume Ier et un poste de professeur de littérature hollandaise à l'Université de Liège (1817). Il y fonde la société Tandem, pour inciter les étudiants wallons à découvrir la langue et la culture des Pays-Bas. Recteur en 1828-1829, il est mis à mal par les patriotes liégeois en 1830 et contraint de rentrer en Hollande, au grand regret de bon nombre de ses étudiants, à qui il avait donné, en plus des cours officiels, des leçons privées de philosophie et de droit naturel. Outre sa production littéraire et ses articles de journaliste, ses nombreuses publications témoignent du caractère étendu de son érudition et de sa curiosité intellectuelle portant à la fois sur la philologie, la linguistique, l'esthétique et la philosophie kantienne.
Marie-Elisabeth Henneau