Press release

De nouvelles données suggèrent deux aires alimentaires distinctes pour les tortues luth

03/04/2008

Publication dans PLoS One

Les plages du Guyane Française constituent un site de reproduction majeur pour les tortues luth. Cette tortue marine est une espèce protégée mais menacée par les activités humaines : ingestion de plastique, prise accidentelle dans les filets de pêche, destruction de leurs sites de ponte, braconnage des adultes et des œufs... espèce dont les femelles reviennent tous les deux ou trois ans pondre sur la même plage. Que se passe-t-il entre ces événements de ponte ? Mystère ! On peut parfois l'apercevoir plus au large dans l'Atlantique Nord. Certaines remontent même aux très hautes latitudes (Canada) à la recherche de ses proies favorites (essentiellement des méduses). Récemment via des balises Argos, des scientifiques ont remarqué que certaines femelles se dirigeaient plutôt selon deux grandes directions : vers le nord mais aussi en direction des côtes africaines à l'est de la Guyane Française.

S'agit-il de deux aires alimentaires distinctes ou bien simplement d'une étape de migration supplémentaire vers le grand Nord ?

Plusieurs scientifiques français (Université de Paris-Sud) et belge (Océanologie, Université de Liège) se sont penchés sur la question et ont étudié les rapports isotopiques du carbone et de l'azote (13C et 15N) dans le sang et les œufs de ces tortues. Ces rapports isotopiques sont en effet des marqueurs alimentaires performants et intègrent sous certaines conditions l'alimentation de ces individus lors des derniers jours, semaines ou mois, selon le tissu analysé.

Ces analyses font suite à un travail de terrain long et fastidieux réalisé en Guyane par l'équipe de l'Université de Paris-Sud. Nuit et jour, ces chercheurs passionnés se sont relayés pour repérer les tortues, les identifier grâce à leur tag (puce électronique, une vraie carte d'identité des individus) et prélever du sang et des œufs.
Parmi les femelles échantillonnées, certaines avaient pondu il y a deux ans sur la même plage et d'autres il y a trois ans ! Les analyses des échantillons ont montré que les rapports isotopiques du carbone et de l'azote différaient entre ces deux groupes suggérant que ces tortues avaient eu une alimentation distincte avant la ponte. Ces rapports isotopiques (spécialement ceux du carbone) reflètent une dichotomie dans les zones d'alimentation utilisées par ces tortues : une zone se situerait dans les eaux pélagiques des hautes latitudes de l'Atlantique Nord et une zone plutôt dans les eaux côtières des basses latitudes de l'Atlantique Nord près des côtes ibériques et africaines. L'existence de deux aires alimentaires distinctes demande à être confirmée sur un long terme (observation des tortues en mer) mais ces résultats soulèvent la nécessité urgente de préciser géographiquement les zones d'alimentation utilisées par les luths et la durée de leur utilisation pendant l'intervalle de ponte.

En effet, l'utilisation de deux aires alimentaires distinctes sur une longue période a des implications majeures du point de vue de la conservation de la tortue Luth. La dégradation d'un de ces deux habitats (surpêche, pollution, trafic maritime...) aurait des répercussions dramatiques pour la survie de l'espèce.

Source

"Isotope analysis reveals foraging area dichotomy for Atlantic leatherback turtles", à paraître dans l'édition on line de PLoS One du 26 mars 2008.

Auteurs : Stéphane Caut, Elodie Guirlet, Elena Angulo, Krishna Das & Marc Girondot

L'article sera disponible en open access à partir du 26 mars sur le site http://www.plosone.org/doi/pone.0001845

Photo ©ULG-Mare

Contact :

Contacts presse Laboratoire d'Océanologie- MARE, Université de Liège Dr Stéphane Caut, chercheur post-doctoral ULg, +32 4 366 28 36, stephane.caut@u-psud.fr Dr Krishna Das, Chargé de Recherche au FNRS, ULg, +32 4 366 33 21, krishna.das@ulg.ac.be

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