| Allocution du Professeur Christian Hanzen | Tweeter |
L'équation E=mc2 a été formulée en 1903 par Olinto de Pretto, puis par Albert Einstein dans le cadre de la relativité restreinte. Elle signifie qu'une particule de masse m isolée et au repos, possède, du fait de cette masse, une énergie E, égale au produit de cette masse m par le carré de la vitesse de la lumière soit c2.
Arrêtons là ce discours abscons pour la plupart et transposons la formule sous une forme plus compréhensible pour le commun des mortels. Et si en effet c ne représentait plus la vitesse de la lumière mais le c de la coopération. La formule démontre en effet qu'une masse même petite à l'échelle humaine possède une énergie considérable. Ainsi pourrait-il en être également de la puissance dégagée par une coopération véritable. Cette coopération je vous propose de la décliner sous la forme d'un triangle au sommet duquel nous allons placer les trois missions essentielles de notre université à savoir la recherche, l'enseignement et le service.
En matière de recherche, cette coopération est nécessaire et doit revêtir une connotation aussi transversale que possible. Transversalité entre les disciplines clinique et non cliniques par exemple, transversalité entre les facultés, transversalité entre universités qu'elles soient communautaires ou d'ailleurs. Les changements proposés par notre institution vont dans ce sens et l'on ne peut que s'en féliciter pour autant que le nombre de ceux qui risquent de se retrouver sur le banc de touche n'aille pas croissant. Force en effet est de constater qu'en ce domaine et surtout lorsque la bourse n'est pas de taille suffisante, on ne prête le plus souvent qu'aux riches et ce faisant sont laissés de côté bien des domaines de recherche qu'ils appartiennent à la recherche fondamentale ou appliquée.
En matière d'enseignement, il nous faut renforcer l'implication des étudiants dans leur projet de formation librement choisi. Je plaide pour un enseignement coopératif ou les engagements des uns, à savoir les enseignants, et des autres, je veux parler des étudiants, soient énoncés et respectés dans la plus grande transparence et confiance. Une certaine forme de lassitude s'installe. Les innovations pédagogiques fleurissent, les moyens de les concrétiser se multiplient, l'investissement des collègues se fait plus conséquent malgré il faut bien le dire une fois encore le manque de valorisation curriculaire. Et pourtant, les délibérations nous renvoient d'année en année aux mêmes constats, à l'augmentation du nombre de « pneus crevés », expression chère à notre doyen Leroy, aux mêmes hypothèses diagnostiques : ils ne savent plus lire, ils ne savent plus écrire, ils manquent de motivation. Reconnaissons qu'ils sont de plus en plus nombreux ceux qui ne cherchent que le 12 salvateur, voire les 48 crédits qui les feront bénéficier du trop fameux article 79. A qui la faute, à la multiplication des savoirs, à la difficulté voire l'absence de volonté des enseignants de mieux de distinguer l'essentiel de l'accessoire, à une culture du sans effort de la part des étudiants, à l'absence de projet de formation ? Je vous laisse le soin d'allonger la liste des hypothèses.
Service enfin et la triangulation sera complète. Plus que jamais, l'université se doit de « descendre en ville ». Les exemples sont nombreux. La présence ce jour du secrétaire général de la Francophonie, Monsieur Abdou Diouf me donne l'occasion de citer celui de la coopération avec les pays toujours en voie malheureusement pour la plupart d'entre eux de développement. En cette matière, on ne peut que se réjouir des implications multiples de notre université dans ces pays. Il faut néanmoins songer à la relève, poursuivre la sensibilisation de nos plus jeunes collègues, les convaincre de, mais oserais-je le mot, délocaliser leurs recherches, leur faire comprendre que cette coopération là dans un esprit de bénéfice et d'intérêt commun pourrait aussi compter davantage dans leur curriculum.
Sans doute jugerez-vous mes propos empreints d'une certaine amertume. Que neni. Ils ne font que traduire une certaine forme de frustration de ne pouvoir faire mieux et davantage tant les possibilités de progrès humains sont multiples et n'étaient point systématiquement entachés par la course au toujours plus, à la compétition que dénonçait Stéphane Hessel dans son livre d'appel à une insurrection pacifique.
Fermer la porte à davantage de coopération dans les domaines évoqués et d'autres non abordés, c'est prendre le risque comme on peut le lire dans un livre récent « Actualités du compromis » publié sous la direction de notre collègue Mohamed Nachi de fragiliser nos états démocratiques, de radicaliser des revendications identitaires et religieuses, de promouvoir l'individualisme et le repli sur soi, bref en un mot comme en cents d'aller à l'encontre des raisons d'être d'une université.
Faisons masse et coopérons, l'énergie dégagée n'en sera que renforcée.
Merci Monsieur le Recteur de nous avoir donner la parole.
Merci à vous de m'avoir écouté et peut être entendu.