Historique

L'Université de Liège des origines à nos jours

Les prémices

La fondation de l'Université de Liège en 1817, à l'initiative du roi Guillaume 1er des Pays-bas, est l'aboutissement d'une longue tradition intellectuelle qui remonte aux origines de la Principauté. A partir du XIe siècle, sous l'impulsion des princes-évêques, les écoles liégeoises constituent, en effet, un pôle d'attraction pour les étudiants et les chercheurs qui viennent y conquérir leurs premiers grades ou, comme Pétrarque, exploiter les richesses des bibliothèques.

Si la réputation des écoles médiévales vaut à Liège le surnom d’ «Athènes du Nord», que dire de celle du Collège qui s'ouvre en 1496, à l'emplacement même de l'actuel bâtiment central de l'Université, place du 20-Août ? Les frères de la Vie Commune y sont les promoteurs d'un enseignement rénové : les humanités.

A la fin du XVIe siècle, les jésuites remplacent les frères dans leur propre maison. Celle-ci abritera ensuite, après la suppression de la Compagnie de Jésus, le Grand Collège en Ile, confié au clergé séculier par le prince-évêque Velbruck, prélat éclairé qui réorganise en Académie anglaise le Collège des jésuites anglais, installé à Liège depuis 1614, et suscite tout un enseignement technique de haut niveau.

L'Empire

Même s’il est habituel de considérer que Liège doit son université à Guillaume Ier, Roi des Pays-Bas, force est de reconnaître que la première charte universitaire liégeoise est le décret impérial du 17 mars 1808. La Principauté de Liège, comme le reste de la Belgique actuelle, fait alors partie de l’Empire de Napoléon Ier. Le décret organise l’Université impériale et désigne Liège comme siège d’une Académie. Son premier Recteur, Franz-Antoine Percelat, un Strasbourgeois, propose de créer d’abord une Faculté des sciences. Une priorité justifiée par l’activité industrielle des quatre départements qui constituaient l’Académie liégeoise : Ourthe, Meuse-inférieure, Roer et Sambre-et-Meuse. Cette faculté est créée par un arrêté du 25 septembre 1811, que l’on peut dès lors considérer comme la date réelle du début des activités universitaires à Liège. La nouvelle faculté s’installe dans les bâtiments du Collège des Jésuites, toujours occupés aujourd’hui par l’Université. Les premiers cours, dispensés par quatre professeurs, sont donnés le 9 décembre de la même année.

Si la création de la Faculté des Lettres, également prévue par le décret, se fait attendre, l’enseignement de la médecine fait de notables progrès sous l’Empire. Nicolas Ansiaux et Joseph-Nicolas Comhaire, deux Liégeois respectivement docteur en chirurgie et docteur en médecine, avaient ouvert une école d’anatomie à Liège dès 1806 afin de préparer les candidats aux examens du Jury médical qui délivrait un diplôme d’officier de santé. Désireux de renforcer cet enseignement, le préfet de l’Ourthe, Micoud d’Umons, crée un cours de clinique en 1812.

Le Régime hollandais

Lorsqu’il réorganise l’enseignement supérieur dans le Royaume-Uni des Pays-Bas nouvellement créé après la défaite napoléonienne de 1815, Guillaume Ier décide (décret du 25 septembre 1816) la création de trois universités dans ses provinces méridionales : Gand, Liège et Louvain. C’est ainsi que l’Academia Leodiensis est officiellement installée le 25 septembre 1817. Son premier recteur est un médecin, le docteur Toussaint-Dieudonné Sauveur. Si les facultés de médecine et de sciences sont la simple reconduction de ce qui existait sous l’Empire, deux autres facultés viennent les compléter : Philosophie et Lettres et Droit. En cette première année, 259 étudiants se pressent dans les amphithéâtres. Les cours et les examens se déroulent exclusivement en latin. C'est toujours sous le régime hollandais, en 1825, qu'est créée une école qui va contribuer à la réputation de notre université, l'Ecole des Mines. Une chaire de pédagogie est créée deux ans plus tard.

Une université dans la ville

Sur le plan de l'enseignement supérieur, la naissance de la Belgique se caractérise par un certain désordre. Tous les règlements et traditions de l'ancien régime sont supprimés; Liège y perd sa Faculté de Philosophie et Lettres. La loi organique du 25 septembre 1835 la rétablit en même temps qu'elle institue les universités de Liège et de Gand universités officielles de l'Etat. Louvain est à nouveau supprimée, mais le parti catholique s'empresse d'y transférer l'Université Catholique qu'il avait fondée à Malines en 1834. Et les libéraux bruxellois créent l'Université libre de Bruxelles. Les grandes lignes du paysage universitaire que nous connaissons encore aujourd'hui se mettent en place à cette époque.

Quelques grandes figures vont émailler l’enseignement liégeois, particulièrement à partir de la seconde moitié du XIXème siècle. Les étudiants eux-mêmes vont faire parler d’eux dans toute l’Europe grâce au premier Congrès international des étudiants organisé à Liège en 1865. La barre des mille étudiants est franchie lors de l’année académique 1876-1877.

A Liège, l'année 1881 est à marquer d'un signe particulier. Le Conseil communal décide en effet la construction de l'Institut de zoologie situé sur l'actuel quai Van Beneden et il examine aussi les devis de construction de pas moins d'une dizaine de nouveaux bâtiments, dont l'observatoire de Cointe, et la reconstruction de l'hôpital de Bavière, du nom du Prince Evêque Ernest de Bavière qui, en 1600, avait donné sa maison pour en faire un hospice.

Institut d'astronomie (Cointe
L'observatoire de Cointe
 
Espace Bavière
L'Espace Bavière

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il faut non seulement réparer les dégradations commises par l’occupant, mais aussi songer à s’adapter au mieux à l’évolution technologique qui bouleverse le monde. En 1924, l’Université acquiert le domaine de l’ancienne abbaye du Val-Benoît où elle implantera l’essentiel de sa Faculté des sciences appliquées. Cette même année voit l’établissement d’une station scientifique dans les Hautes Fagnes. Le souci de poursuivre des recherches dans leur cadre naturel va d’ailleurs être une caractéristique de l’Université de Liège. En 1947, elle établit un observatoire en Haute-Provence et, dès 1949, elle participe à la création de la station scientifique du Jungfraujoch en Suisse. Enfin, en 1965 elle construit une station de recherches sous-marines et océanographiques à Calvi, en Corse.

Le campus du Sart Tilman

L’après Seconde Guerre mondiale va être marqué par deux faits essentiels : le transfert vers le campus du Sart Tilman, en dehors de la ville, et la transformation de la Belgique en Etat fédéral.

Institution d’Etat, l’Université de Liège a longtemps subi l’emprise d’un état central qui ne lui laissait guère de marge de manœuvre, y compris, pendant longtemps, dans la nomination des professeurs. Un changement en profondeur se produit en 1953 lorsque le législateur reconnaît aux universités d’état une autonomie dans leur gestion et dans les modes de désignation des autorités académiques. Cette année-là également est créé un Conseil d’Administration placé sous la présidence du Recteur; le Fonds des constructions scolaires et universitaires voit le jour.

Ces profonds changements permettent au Recteur Marcel Dubuisson de lancer, dès 1954, le projet de transfert de l’université vers une zone boisée de plus de 2.000 ha, située sur les collines surplombant la ville. C’est là que l’université s’installera, dans le respect de la nature. Les travaux d’implantation commencent le 20 décembre 1962 par la construction d’un premier tronçon de route interne. Urbaniste-coordonnateur jusqu’en 1985, l’architecte Claude Strebelle donnera sa physionomie au domaine. La crise économique qui frappe le pays à partir de la fin des années 1970 ralentit cependant fortement le rythme des travaux et oblige l’Université à réduire ses ambitions.

La législation de 1971 adapte l’université à son époque, qui est issue de la contestation étudiante de 1968-1969. Démocratisation, participation et ouverture caractérisent cette période : le Conseil d’administration s’ouvre aux représentants des étudiants, du personnel scientifique et technique et aux milieux extérieurs ; l’Université perd son caractère public conféré par le régime hollandais, qui l’assimilait à la Justice et à l’armée. Le Recteur Maurice Welsch négociera ces tournants avec une réussite exemplaire.

Mais l’Etat belge évolue lui aussi et le fédéralisme s’impose. A partir du 1er janvier 1989, l’Université relève désormais de la Communauté française. Sa dénomination officielle devient dès lors «Université de Liège» au lieu de «Université de l’Etat à Liège». Une page est tournée.

Vue aérienne de la partie nord du Sart Tilman
Vue aérienne de la partie nord du campus du Sart Tilman

 

 Voir un tableau chronologique des recteurs depuis 1817.

Version imprimable Page mise à jour le 2016-11-30